Agnieszka Kumor, notre invitée polonaise qui voyage si bien, nous emmène aujourd'hui à l'extrême-Ouest de notre
continent.
Quand j’ai visité le Portugal pour la première fois, je me suis promise d’y revenir. Peut-on me le reprocher ?
Les églises de Porto au petit matin, les « azulejos » (de l'arabe al zulaydj زليج , la pierre polie), les trottoirs de Lisbonne (ces œuvres d’art que l’on piétine) et ses
tramways (évidemment !), la solitude de Fernando Pessoa, la pierre blanche des Hiéronymites (où le poète repose) et son cloître divin… le Portugal me contait déjà son histoire insolite. Le
hasard de la vie a voulu que mon chemin passât par la Vallée du Douro. Ainsi, j’ai honoré ma promesse !
Dimanche
à Guimarães. photo Agnieszka Kumor
C’était à l’occasion du Concours Mondial de Bruxelles, édition 2012. Itinérant depuis 2006, il s’est tenu cette année à Guimarães, début mai. A cette occasion, la capitale européenne de la culture 2012 est
devenue un lieu de compétition pour près de 8 400 candidats, vins et spiritueux, provenant de 52 pays producteurs. Certains d’entre eux ont été dignes d’une médaille, et l’ont reçu
(http://www.concoursmondial.com/resultats.html), d’autres devront revoir leurs copies…
La prochaine confrontation se tiendra à Bratislava, en Slovaquie.
Nossa
Senhora dos Remedios à l'église de Lamego. Photo Agnieszka Kumor
Un fleuve, deux pays
Saluons d’abord la règle de ce concours qui veut que les vins soient servis à l’aveugle (ce qui est normal), mais aussi en séries
selon leur appartenance à une région géographique, à un style de vin, ou selon l’encépagement. Si, en plus, la température des vins est idéale – et c’était le cas - aussi bien pour les blancs et
les mousseux que pour les rouges, toutes les chances sont du côté des vins jugés. Une organisation rigoureuse pour un événement on ne peut plus complexe ! Lors des trois sessions de
dégustation, j’ai fait trois découvertes: les sauvignons chiliens (peu nombreux cependant cette année au Concours Mondial du Sauvignon) sont revenus en force, les rouges suisses de la région du
Vaud (de diverses appellations) m’ont épaté, et les espagnols de la Ribera del Duero m’ont forcé à une génuflexion !
Les 14 vins que notre jury avait dégustés en dernier provenaient tous de la région de Castilla-y-Léon. Aux arômes puissants,
parfaitement équilibrés, avec des tanins soyeux qui leur donnaient une texture veloutée, pourvus d’une acidité qui associait admirablement le fruit à la fraîcheur, ces vins étaient étonnants de
jeunesse même dans leur âge de raison (2005, 2003, 1999). L’Espagne a fourni au total 1 549 échantillons, et elle a remporté 461 médailles. Ce qui donne un score honorable de 29% de lauréats,
proche de la moyenne du concours. 54 vins issus de la Denominación de Origen Ribera del Duero ont été primés. Ces médailles guideront, peut-être, les futurs consommateurs sur le marché.
Moi, le temps de cette dégustation, j’ai fait un authentique voyage sensoriel et gustatif.
L'esprit de la vigne porteur d'eau. Photo Agnieszka Kumor
Mais ces vins espagnols, sont-ils si différents de leurs cousins portugais ? Il s’agit pourtant de deux écosystèmes autour du
même fleuve, régis par les conditions climatiques à peu près semblables. Cependant, si côté portugais, les vignes sont cultivées sur des sols schisteux en surface et granitiques en
sous-sol, côté espagnol, il s’agit de sols calcaires tendres.
Le même cépage est cultivé tout au long du Douro/Duero: la tinta roriz, complémentaire dans les vins portugais, devient le
tinto fino sur le vignoble de la Ribera del Duero qui l’utilise presque exclusivement (et dans la Rioja on l’appelle tempranillo). Mais dans le Douro, l’encépagement est bien
plus complexe.
Crépuscule dans la vallée du Douro. Photo Agnieszka Kumor
Le plus beau vignoble du monde
Les terrasses vertes de vignes descendent vers le fleuve majestueux du Douro. C’est le plus beau paysage viticole du monde, m’a
avoué un jour un bon ami. L’image est inondée par la lumière chaude du soleil couchant. Sans hésitation je lui donne raison, époustouflée par ce que je vois. Depuis 2001, la région viticole du
Haut-Douro (côté portugais) a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. La longueur totale du Douro est de 897 km. Moins d’un tiers du fleuve (215 km) appartient au Portugal.
Le reste est en Espagne où, dans la Cordillère Ibérique, le fleuve prend sa source. Nous remontons le fleuve sur sa rive gauche ; le bus arrive le soir tombant à la Quinta do Seixo.
Le robot
à pigeage dans la Quinta do Seixo. Photo Agnieszka Kumor
Nous sommes sur les terres du petit bonhomme noir en cape et en chapeau de feutre, le sigle du porto Sandeman. La
Quinta do Seixo comprend 65 ha de vignes, le reste est acheté localement en vrac. Le domaine appartient à la société Sogrape qui possède, outre Sandeman, d’autres marques de porto comme Ferreira
et Offley. En tout 500 ha de vignes dans le Douro appartiennent à ce groupe. Après la dégustation des vins secs du domaine ma préférence va vers le Callabriga 2009, au nez
intense de framboise et groseille écrasées, très concentré, d’une texture veloutée et fraîche. Trois cépages locaux le composent : touriga nacional, touriga franca et tinta roriz. J’aime.
Mais j’aime aussi leur porto, ah oui ! Mon cœur penche du côté du Tawny 20 years, léger, friand, fruité, aux notes d’abricots secs, de noix et de miel, et à la persistance
infinie. Very fine port!
Douro Boys & co
Le vignoble du Douro est la preuve que l’on peut combiner avec succès et sans drame la tradition et la modernité. Sinon,
qu’apportent les nouvelles générations pour laisser leur trace dans la durée… ? A Vinexpo 2011, j’ai eu l’occasion de participer à un excellent séminaire sur de nouveaux vins secs du Douro. Et je
trouve comme un air de famille entre ces nouveaux rouges portugais et les Ribera del Duero.
La dégustation à Vinexpo a été menée de main de maître par le très détendu Tim Atkin MW. Nous avions dégusté des vins
par gammes des prix. Mes préférés étaient : Vinha Grande Tinto 2008 Casa Ferreirinha/Sogrape (8-10€), Douro Tinto 2008 Quinta Vale D. Maria (10-15€) et
Charme 2008 Niepoort (plus de 15€) (à mon avis, il s’agit des prix export et donc de gros. ndlr). Les deux derniers appartiennent à un groupement de producteurs
portugais connu sous le nom de Douro Boys. Non, ce ne sont pas les chanteurs pop mais une association commerciale très réussie de producteurs de la Vallée du Douro qui fête six ans d’existence.
Le groupe est constitué de : Joao Ferreira (Quinta do Vallado), Dirk van der Niepoort (Niepoort), Miguel Roquette (Quinta do Crasto), Cristiano van
Zeller (Quinta Vale Dona Maria) et de Francisco Olazabal (Quinta do Vale Meaõ).
Le soleil dans le verre. Photo Agnieszka Kumor
Les bonnes affaires font parfois de bons amis. Ceci est particulièrement vrai quand on partage un dur passé. A quand l’association
entre les frères ennemis, les Portugais et les Espagnols, au fil du Douro, au fil du Duero ?
Agnieszka Kumor
Collabore avec Vinisfera.pl
http://www.vinisfera.pl/
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