Dans quelques heures, je quitte le Plat Pays pour un périple qui m'emmènera dans trois des plus grosses régions de production de Crémant en France: l'Alsace, la Loire et le Jura. Cette dernière offrant pour moi un indice qui n'a rien à voir avec celui que David Cowboy nous révélait lundi.
Je veux parler de l'indice qualité/réputation: vous divisez votre plaisir par la notoriété du produit. A ce compte-là, le Crémant du Jura sort du lot: hors de Franche Comté, il n'y a pas grand monde qui sait qu'il existe; et pourtant, on y fait quelques unes des plus belles bulles de France.
J'espère bien ramener quelques nouveaux coups de coeur. Je ferai mon boulot, je dégusterai, j'écrirai, je proposerai ou à défaut je publierai moi-même.
Crémant du Jura... what else?
J'ai quand même un petit doute. Quel impact mon article pourra-t-il bien avoir en Belgique? Un pays où depuis 5 ans, les Crémants, malgré leur antériorité sur le marché, malgré le label français, malgré quelques marques fortes... se font tailler des croupières par le Cava. Et notamment en Flandre. Pas de chance, c'est cette région qui explique le plus gros de la croissance des ventes de vin en Belgique ces 20 dernières années, y compris celles des effervescents.
Qu'ont-ils de plus, ces fichus Cavas, pour ridiculiser ainsi le fleuron de la bulle Made in France (y compris le Champagne, qui en a également souffert)?
La qualité? Bof, elle n'est pas meilleure, surtout pour les premiers prix qui font le gros des ventes. Vous aimiez les petits Champagnes de quatrième taille? Vous allez adorer les Cavas de hard discount...
La typicité? Rebof. On trouve de tout sous l'étiquette Cava, le meilleur, le pire, le typé, le neutre, l'acide, le mou.
L'image? A part les deux duettistes, Codorniu et Freixenet, marques présentes de toute éternité sur le marché belge, et qui ne profitent guère de l'engouement récent, le Belges ne connaissent pas les marques de Cava.
J'ai essayé avec des amis proches.
Question: "Vous connaissez Raventos i Blanc? Et Pere Ventura?"
Réponse: "C'est pas les deux avant-centres du Barça qui ont joué contre Anderlecht en 2002 ou 2003?".
Chacun ses références, mais si je dis "Crémant d'Alsace", "Blanquette de Limoux" ou 'Clairette de Die", on ne me parlera pas de football, c'est sûr...
Ou voulais-je en venir?
Juste au point suivant: la notoriété, c'est bien, mais ça ne suffit pas.
Comment le Cava a-t-il conquis le Plat Pays? Essentiellement, en jouant sur le prix. Et par le CHR.
Tout a commencé dans les bars et dans les boîtes, avec la vente au verre.
A l'époque, le Cava, dont les ventes plafonnaient en Espagne, cherchait de nouveaux débouchés, la Belgique, qui adore les bulles, offrait de belles opportunités pour du destockage? Devant l'augmentation des prix des champagnes, les exploitants se sont aperçus que le Cava satisfaisait tout aussi bien la clientèle jeune que le Champagne, et à meilleur compte. Ils ont vendu le verre un peu moins cher, mais ils ont doublé, triplé, quadruplé leurs marges.
Mais pourquoi diable n'ont-ils pas choisi des Crémants, du Saumur, de La Blanquette, qui bénéficiaient tout de même de plus de notoriété auprès des amateurs de vins?
Parce que le marché en question n'était pas vraiment constitué d'amateurs de vins, mais d'une génération émergente pour laquelle les références de papa sont un peu datées, ou qui n'a tout simplement aucune autre référence que la mode, le show biz, la Stink Academy.
Si Paris Hilton boit du Cava, pourquoi pas moi? La blonde millardaire est tout de même ce que la culture américaine a produit de plus vulgaire et de plus vide de sens depuis l'invention du Mc Burger, alors ne nous étonnons pas de l'effet de mimétisme que ce genres d'iconnes provoque sur nos propres générations de décérébrés, de ce côté-ci de l'Atlantique (désolé, c'était ma minute anti-américaine primaire).
Notez que la génération d'avant n'est pas exempte de tout reproche: elle n'a pas su faire passer le message de la bonne cuisine (ce qui permet à nos braves
ménagères de moins de 40 ans regarder des émissions de cuisine avec le même émerveillement que nous regardions nous l'alunissage d'Apollo 11 en 1969). Ni celui du bien boire.
Mais je disgresse.
Il y a plein de bon Crémants, un peu partout en France, voire au Luxembourg ou en Wallonie, et j'espère pouvoir vous en présenter bientôt.
Mais en attendant, la jeune Flandre préfère "een Cavaatje", un petit Cava auquel elle ne comprend pas grand' chose, dont elle ne connaît ni les marques ni
les conditions d'élaboration, (le vieillissement sur lattes, ça ne revient pas trop cher?)...
Celles-ci doivent pourtant être passionnantes, pour que le producteur puisse arriver, accises et taxes comprises, à moins de 5 euros ici. Parce qu'on parle quand même d'une AOC...
Quoi qu'il en soit, bravo à nos amis Catalans, qui ont été les plus réactifs. Et qui ont su capitaliser sur une image jeune et décontractée. Il faut dire que Barcelone, pour un week-end en city-trip, c'est plus branché que Beaune ou même Strasbourg...
Le plus drôle, c'est qu'on attend toujours les grandes campagnes d'image du Cava en Belgique, les 4x3, les sucettes Decaux, les clips de cinéma - non, ne cherchez
pas, il n'y en a pas eu. Comme quoi ce n'est pas toujours la pub qui fait le succès.
Par contre, je me demande combien les Ferriol, les Gran Palas et autres marques sorties de l'anonymat en quelques mois paient pour occuper l'espace si convoité de
la GD, et avec quelques marges elles le paient. La vente à perte est interdite, bien sûr. Mais je ne suis pas comptable. Juste journaliste.
Hervé
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