Pardon pour ce jeu de mots dénué de talent car, vous le comprendrez vite, en fait de rock, il s'agit de roc et, pour une fois, l'English, ici, n'a rien à faire... Bref, après Aiguilloux la semaine dernière en Corbières (lire ICI), voici venir un autre domaine qui, depuis sa fondation, plus récente, elle - il y a une dizaine d’années -, a compris l’intérêt que représente le cépage Carignan dans le cadre d’une entreprise viticole sise au sud de la France. Cela se passe en Roussillon et cela concerne le désormais célèbre Roc des Anges, propriété de Marjorie et Stéphane Gallet. En allant sur leur site (très bien fait au demeurant) je pense que vous comprendrez la philosophie de ce jeune couple qui aurait pu mal tourner s’il avait suivi les conseils des techniciens de tous poils.
Marjorie et Stéphane Gallet, une pause méritée devant leur cave... Photo©MichelSmith
Je vous avais déjà vanté ici dans mon numéro 45 les mérites de leur cuvée de pur Carignan, la fameuse cuvée « 1903 » goûtée sur le millésime 2008. C’était il y a tout juste un an, sous le titre « Le 1903 de Marjorie ». Depuis, j’ai revisité le domaine et j’ai constaté que Marjorie et Stéphane ont redoublé d’efforts sur les plantations en sélections massales de ce cépage. On peut désormais affirmer sans craintes de se tromper que le cépage si décrié ces dernières décennies, en noir, en gris, comme en blanc, couvre autour de 60 % de leur encépagement, ce qui, vous l’avouerez, est non seulement remarquable en 10 ans de travaux, mais aussi courageux face au discours ambiant qui continue de discréditer ce cépage. Le domaine s'étend aujourd'hui à 28 ha et une cinquantaine de parcelles.
Ce travail a été effectué sagement avec patience, humilité et sagacité. En même temps qu’ils se dirigeaient sans précipitation vers la reconversion du domaine en bio (6 ha au départ), puis en biodynamie, Marjorie et Stéphane ont rassemblé et restauré plusieurs parcelles de vieilles vignes – près de la moitié du vignoble est constitué de vignes âgées de plus de 70 ans – autour de la commune de Montner, sans pour autant négliger les autres cépages autochtones que sont les macabeu et autres grenaches gris. Ce travail méticuleux, complété par un tri draconien, se solde par un rendement « sage » de 17 hl/ha sur l’ensemble de la récolte qui a lui seul justifie les prix pratiqués.
La fameuse cuvée 1903... Photo©MichelSmith
Voici trois cuvées très (ou totalement) carignanisées récemment goûtées au domaine, presque toutes en Vin de Pays des Pyrénées Orientales. Je n’en ferai pas plus car, au risque de me répéter, je suis en vacances…
Photographiée l'an dernier, une cuve de Carignan 2009. Photo©MichelSmith
« Imalaya » 2010 est une ode au Carignan gris planté sur les hauteurs (pour eux, 500 m d’altitude, c’est un Himalaya !) de Tarérach vinifié et élevé et fûts de 500 litres, c’est une petite bombe de vin blanc, fraîcheur assurée, tirée à 2.000 exemplaires. (environ 15 € départ cave)
« Reliefs » 2009, rouge tiré à plus de 10.000 bouteilles, un des rares vins revendiqué en Côtes du Roussillon Villages, avec 60 % de Carignan. L’ensemble de l’encépagement est constitué de vignes âgées entre 70 et 100 ans assurant au vin, du moins c’est mon avis, une garde assez longue, de l’ordre de 10 ans. Fermentation en cuves béton, léger piégeage, 20 % de la cuvée est élevée dans de vieux fûts tandis que le reste séjourne en cuve. Sans collage, ni filtration, c’est un vin tout en finesse, mais aussi de l’épaisseur, du volume, riche en notes minérales. Le 2010, en bouteilles depuis septembre dernier, aux tannins fermes, sera un très bel achat !
« 1903 » 2009. Déjà commentée dans sa version 2008 (voir plus haut), ce pur carignan centenaire fermenté et élevé en cuve béton sur 12 mois. Non collé, non filtré, il s’agit d’un grand vin basé sur l’élégance, la finesse, avec des notes d’orange sanguine et de voluptueux tannins. Là aussi, le 2010, frais, dense, serré, notes salines et tannins bien présents, s’annonce prometteur.
Michel Smith
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Derniers Commentaires