La saga du Petit Pol Hochon va mieux au dimanche où, après le rosbif familial, le vin bouché et le cigare, juste avant de se taper une bonne sieste ou sitôt après, se laisser-aller à la légèreté me semble de rigueur. Méfiez-vous tout de même ce qui peu aujourd’hui vous sembler une bluette digne des romans-photos des années 60 pourrait bien se révéler un véritable brûlot capable d’enflammer le Landerneau des grands chefs de bande du vignoble. Suspens ! Bonne lecture du 5ième épisode.
L'exposé de l'affaire qui les rassemblait était simple. La demoiselle Fougère, prénommée Claire, ici présente, devait faire, dans le cadre de son diplôme de 3ième cycle, un stage en entreprise, mais, pour des raisons trop longues à exposer en ce lieu, sa charmante mère, qui vous le comprendrez aisément cher monsieur Hochon, a estimé plus convenable que cette chère enfant le fisse au plus prêt d'un lieu de pouvoir, et elle a suggéré à notre Monsieur le Ministre que nous l’affection en l'un de nos bureaux. L'austère peinait comme un diesel poussif à mi-pente. Bon samaritain le petit Pol Hochon venait à son secours: «Si je vous suis bien, monsieur le chef du cabinet du Ministre des Commodités, vous sollicitez mon soutien pour que je puisse guider la charmante Claire Fougère, ici présente, au travers des méandres de votre belle administration...»
Soulagé, le comprimé opinait du bonnet. Perfide, même s'il subodorait déjà la réponse, Pol ajoutait: «cependant, si ça n'est pas indiscret et prématuré, à qui dois-je l'honneur de cette si
agréable sollicitation?»
La réponse du comprimé asthmatique fusait: «à votre père qui à fait part à notre Ministre de vos éminentes prédispositions pour tout ce qui touche aux choses de l'informatique...» Cet
hommage paternel, aussi insincère qu'intéressé, tirait au petit Pol Hochon un sourire carnassier avant qu'il n'ajoutât pince sans rire: «et où donc devrais-je exercer mes talents monsieur le
chef de cabinet du cabinet du Ministre des Commodités?» Peu sensible à l'humour ce dernier, tout entier habité par l'ampleur de ses hautes fonctions, très jugulaire, jugulaire, lui répondait
sans sourciller: «au bureau des interventions et des décorations qui est, vous vous en doutez cher monsieur Hochon, un lieu hautement stratégique de notre vénérable maison».
Afin de ne pas chagriner le titulaire d'une aussi lourde charge, le petit Hochon opinait en se fendant d'un large sourire et d'une oeuillade appuyée en direction des fondamentaux de sa nouvelle protégée.
La Claire Fougère, ravie, lui décochait un sourire force 7 appuyé d'un battement de cils aérien qui l'élevait au-dessus du commun. Alors, sur son petit nuage, le jeune Pol Hochon, bercé par les
propos convenus du chef de cabinet, se laissait aller à penser, non aux charmes exquis de sa nouvelle protégée, mais à la propension de son géniteur à prendre ses semblables pour de vulgaires
pions que l'on place et déplace à sa guise, en fonction de ses intérêts, sur le vaste échiquier de l'influence ; du calcul, rien que du calcul, jamais une parcelle d'attention affectueuse.
Dans sa petite tête enluminée par l'irruption de la belle Claire, il répertoriait l'art et la manière avec lesquels Paul Hochon senior avait su décrocher trois cravates de commandeur, légion
d’Honneur, Mérite National et Mérite Agricole, donnant au revers de son veston des allures de maréchal de l'ex-empire des soviets, remettre une foultitude de décorations à une cotriade de
récipiendaires béats, délivrer autant de discours, passer son temps à déjeuner et à dîner en ville dans les meilleurs restaurants, être toujours du bon côté du manche, conseiller l'un, appuyer
l'autre, ménager la chèvre et le chou, pour en définitive se tromper souvent et, tout compte fait, n'avoir jamais vraiment agi pour son compte laissant ainsi aux autres le soin de se
mouiller.
à suivre...
Jacques Berthomeau
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