Lundi 12 avril 2010
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C’est le troisième épisode d’une saga qui fera date dans le vignoble français, une forme de Dallas du terroir avec ses intrigues amoureuses, ses coups tordus. Prendre le train à temps vous
évitera de vous entendre dire plus tard par des amis goguenards: alors, tu en étais? Bonne lecture de début de semaine!
Avec sa pointe Bic qui ressemblait maintenant à une rognure d'asperge, le petit Pol Hochon dessinait un grand cœur sur un bloc sténo et, avec application, d'une oreillette à l'autre, il mêlait
leurs prénoms: Lucienne et Pol, puis d'un geste vif, le transperçait d'une flèche. Sur l'écran, impassible, Lucienne observait ses enfantillages avec bienveillance. Au fur et à mesure des minutes
qui s'égrenaient, le petit Hochon trouvait à cette femme tombée du ciel des qualités qui transcendaient le seul attrait des 40 hectares de vigne d'un bon terroir dont je tairais le nom pour de
bonnes raisons. Lucienne était simple et habillée avec goût, elle écrivait dans une langue précise et agréable, elle s'exprimait avec franchise et humour, ce qui, par les temps qui courent,
est rare. Pol n'aimait rien tant que la rareté, les êtres au bord des lignes, ceux qui s'exposent sans pour autant se mettre en avant, les aventuriers du quotidien qui chaque matin ont le courage
de prendre leur vie comme elle vient, avec bonheur et pugnacité.
Le petit Hochon imprimait message et photo, les glissait dans une grande enveloppe kraft qu'il s'empressait de glisser dans son vieux cartable avachi. Ce cartable lui donnait des faux airs de
potache attardé et ses chers collègues du Cadastre Viticole Informatisé ne manquaient jamais une occasion de le chambrer à son sujet. «Pol, tu te la pètes grave ! Tu trimballes quoi au juste
dans ta vache? Des revues pornos ? Ton calbar de rechange et ta brosse à dents au cas où... Arrête de rêver, Hochon, tu finiras comme nous tous entre la tondeuse à gazon et les courses à
Carrefour avec mémère et les chiarres derrière! T'es qu'un bêcheur avec tes jeans, tes vestes de minet et tes petites lunettes d'intello... Tu te la joues, mec !»
Il les laissait dire et pour les calmer il leur payait une mousse à l'occasion en bavassant avec eux de leur sujet de prédilection: le foot. Pol jouait à merveille des antagonismes opposant le
clan des parisiens du PSG aux sudistes de l’OM.
Tout en remontant la rue du Bac pour se rendre à son lieu de rendez-vous Pol tournait dans sa tête la jolie réponse qu'il allait trousser à Lucienne. Car bien sûr il allait répondre à Lucienne.
Sa proposition était too much et il ne voyait que des avantages à lui faire part de son vif intérêt. Marquer des points d'entrée participait d'une stratégie de guerre éclair. En effet, le petit
Hochon, conscient de sa faible envergure, estimait qu'il lui fallait se présenter sous son meilleur jour sans pour autant trop dorer la pilule et prendre le risque de décevoir. Le champ nouveau
pour lui de la tendresse valait bien de sa part des méthodes culturales innovantes. En passant au long de la litanie de CRS et autres gendarmes mobiles en faction sur son parcours Pol se sentait
léger, d'une incroyable légèreté même si tout en haut de sa tête en ébullition une petite voix lui serinait que dans un sac de nœuds y’a plein de nœuds et que les nœuds faut les défaire un par
un... Il se tamponnait de la ritournelle des nœuds et marchait d'un bon pas.
A suivre... lundi prochain
Jacques Berthomeau
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