Partager l'article ! Carignan Story n°73 : la vigne de Sainte-Colombe est un joli cas d’école…: Il m’arrive souvent de vous parler de mon caviste, ...
David Cobbold (Eccevino) est le plus français des journalistes anglais du vin, ou vice versa. Il a reçu en 2011 le Wine Blog Trophy pour son blog, More than Just Wine.
Jim Budd, sujet de sa Gracieuse Majesté, est journaliste pour diverses revues britanniques. Amoureux des vins de Loire, il leur consacre un blog, Jim's Loire, primé en 2009 du Wine Blog Trophy.
Hervé Lalau est un journaliste français écrivant pour diverses revues et sites français, belges, suisses et canadiens. Son blog "Chroniques Vineuses" lui a valu le Wine Blog Trophy en 2010.
Michel Smith, PourLeVin, est un journaliste français établi en Roussillon, travaillant pour diverses revues et guides en France. Il s'intitule
lui-même "Journaliste en Vins et autres Plats de Résistance".
Marc Vanhellemont est un journaliste belge travaillant pour divers magazines en Belgique et en France. Incontournable, sauf par la face nord.
Il m’arrive souvent de vous parler de mon caviste, Jean-Pierre Rudelle. Normal, c'est un vrai copain qui m’aide souvent dans mes dégustations marathons en me donnant son point de vue de marchand de vins. Était-ce, comme j’ose le croire, à cause de notre vigne du Puch où il est venu à deux ou trois reprises nous donner un coup de mains ? Ou bien à cause de mes perpétuelles remarques sur les qualités insoupçonnées du Carignan ? Ou était-ce tout simplement parce qu’il a eu un sursaut de génie ? Cette dernière possibilité semble être la plus plausible, car de génie il est capable. Enfin, je trouve. À moins que ce ne soit tout bonnement la résultante d'un mélange de tout cela, une sorte d’amalgame, la somme de rencontres multiples, de circonstances aggravantes, d’une alchimie quelconque ? Trêve de questions, mon pote JPR a eut une sacrée bonne idée, idée que je vais faire macérer un peu tout en tentant de vous la décrire. Je note au passage que si d'autres cavistes dans d'autres régions prenaient de telles initiatives, on pleurerait moins sur l'arrachage de nos vieux cépages.
Philippe, un ami de Jean-Pierre, fan de Carignan lui aussi, goûte le 2010 en compagnie de sa fille Julie. Photo©MichelSmith
Faîtes un tour sur l’une de mes anciennes chroniques carignanesques (voir ICI) et vous aurez la base de l’histoire. En gros, Jean-Pierre discute avec un ami vigneron, le sieur Rossignol, qui possède une belle et ancienne vigne de Carignan sur un peu plus d’un hectare à l’écart du charmant village de Sainte-Colombe, dans les Aspres. Une affaire simple est conclue que l’on pourrait résumer ainsi : « Pour un groupe de clients passionnés, j’ai envie de créer une vigne-école ; tu me laisses travailler ta vigne avec mes "élèves"; l’idée étant de venir le plus souvent à la vigne en leur compagnie, d’effectuer les travaux principaux in vivo jusqu’aux vendanges, puis les vinifications, jusqu’à la mise en bouteilles, en expliquant dans le détail, parfois avec l’appui d’un ou deux spécialistes, les raisons et les objectifs de ces travaux ; bien sûr tu nous feras part de ton expérience, tu nous parleras de l’histoire de cette vigne, tu expliqueras si tu le veux les gestes ancestraux, nous conseilleras sur l’entretien des outils de taille, par exemple ; à la vendange, tu nous accueilleras enfin dans ta cave pour la vinification, l’élevage et le stockage ; la vigne restera ta propriété, évidemment; ma société te rachètera le vin en même temps qu’elle financera tout ce qui est matière sèche, les fûts pour la vinification, les bouchons, les bouteilles, l’étiquette, les cartons…
Le premier verre de la "vigne école"... Photo©MichelSmith
Tout ce « cahier des charges » est résumé sommairement et j’espère que Jean-Pierre Rudelle ne m’en voudra pas de ne pas le faire parler avec plus de détails. Le même JPR qui se charge au final de commercialiser les quelques 2.500 flacons et magnums tirés de cette « vigne école », à un prix qu’il juge digne, c’est-à-dire 12 € pour les 75 cl de carignan. Les participants – 25 au total, tous âgés de 35 à 65 ans – ne sont pas perdants. Durant une année, ils ont suivi des cours théoriques dans la salle de dégustation du Comptoir des Crus, participé aussi à des séminaires où des œnologues locaux et autres professionnels du vins sont venus expliquer les cépages et les vinifications. Ils ont travaillé dur, souvent une partie de leur week-end, participé de bonne grâce à la confection des casses croûtes collectifs dans la vigne. Bref, ils ont été heureux de vivre une vie vigneronne au fil des saisons pour une somme forfaitaire de 250 € qui comprend un carton de douze bouteilles de « leur » carignan. Fort bien organisé dans sa vie de caviste, grâce à des assistants de première, Jean-Pierre s’est quant à lui donné à fond dans ce projet un peu fou mais génial, allant jusqu’à se lever aux aurores pour biner dans le froid avant de retrouver son bureau de Perpignan.
Les premier cartons de Carignan 2010. Photo©MichelSmith
La raison pour laquelle je raconte cela, outre le fait que je trouve réconfortant dans ce monde où tout va si vite qu’un caviste prenne le temps de mener à bien une telle initiative (qui se renouvellera probablement pour le millésime 2011), c’est que le premier millésime du Camp de la Mata (ou Domaine du Bosquet, si je traduis bien le Catalan), sous titré « La Vigne École » vient de sortir à Perpignan et que cela a donné lieu à une grande fête organisée par l’équipe de Jean-Pierre Rudelle et sa troupe d’élèves. J’y étais et j’ai goûté, dans une ambiance de fiesta, ce Vin de Pays des Côtes Catalanes 2010 issu d’un vénérable et bichonné carignan éraflé, vinifié et pigé en grosses barriques de chêne. Je suis un peu gêné, puisqu’il s’agit un peu d’un concurrent (notre « Puch », qui a un an d’avance prend naissance dans une commune toute proche), mais je me lance quand même. Le nez est épicé finement, marqué par de discrètes petites notes de fruits rouges. La matière, un peu tourmentée par la mise en bouteilles, se fait bien présente et équilibrée, laissant apparaître la fraîcheur naturelle du cépage. La longueur est là et on se dit, bien que le vin soit très plaisant dès aujourd’hui, que l’on ferait bien de l’attendre un peu. C’est pour cette raison que je me suis offert un magnum que je vais mettre de ce pas au repos forcé pour trois ans.
Une "élève" trouve le Carignan fort à son goût...Photo©MichelSmith
Où l’on voit que l’école, parfois, a du bon puisqu’elle enseigne la patience.
Michel Smith
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