Partager l'article ! Carignan Story n°22 : Lundi, un Belge est passé chez moi…: Luc était accompagné ce jour-là de sa belle compagne, Christine, une ...
David Cobbold (Eccevino) est le plus français des journalistes anglais du vin, ou vice versa. Il a reçu en 2011 le Wine Blog Trophy pour son blog, More than Just Wine.
Jim Budd, sujet de sa Gracieuse Majesté, est journaliste pour diverses revues britanniques. Amoureux des vins de Loire, il leur consacre un blog, Jim's Loire, primé en 2009 du Wine Blog Trophy.
Hervé Lalau est un journaliste français écrivant pour diverses revues et sites français, belges, suisses et canadiens. Son blog "Chroniques Vineuses" lui a valu le Wine Blog Trophy en 2010.
Michel Smith, PourLeVin, est un journaliste français établi en Roussillon, travaillant pour diverses revues et guides en France. Il s'intitule
lui-même "Journaliste en Vins et autres Plats de Résistance".
Marc Vanhellemont est un journaliste belge travaillant pour divers magazines en Belgique et en France. Incontournable, sauf par la face nord.
Luc Charlier, commentateur de blog, Belge et Vigneron
Il faut savoir que je donne rarement de rendez-vous professionnels chez moi. Sauf si j’ai envie de discuter avec un personnage dont je sens qu’il va m’apprendre un peu de la vie, m’instruire comme on disait jadis. Que voulez-vous, je suis un ours un tantinet snob et par-dessus tout je n’aime pas perdre mon temps. Et puis Luc Charlier, qui nous fait souvent dans ce même blog l’honneur de ses commentaires percutants et éclairés - parfois un peu longuets, mais on lui pardonne car ils sont émis dans un Français toujours brillant -, méritait plus qu’un «Bonjour, comment ça va ? Allez, merci et au revoir, oui, bien sûr, je vous enverrai un commentaire de dégustation».
Luc, donc, est à l’origine un Flamand « élevé en Français », comme il dit, un temps médecin et pharmacien («toubib-vigneron», résume notre Marc Vanhellemont) puis défroqué pour la cause de Bacchus. Devenu par la suite journaliste en Belgique (In Vino Veritas) il décide, en 2005, de finir vigneron dans un improbable trou du Roussillon, au numéro onze de la rue de l’Église, sis à Corneilla-la-Rivière. Le parcours intrigue en même temps qu’il force le respect.
Luc est attablé, les choses sérieuses vont commencer...
À vrai dire, j’avais fait les choses simplement. Foie gras de canard mis en conserve par Jean-Marc Boyer, talentueux cuisinier de Lastours (sis entre Minervois et Cabardès), chapon au Jurançon d’une fermière installée du côté de Pau chez qui j’avais couché en chambres d’hôtes et dont le nom m’échappe, une bête (le chapon, pas la fermière) que je me suis empressé d’améliorer aux girolles, carottes, pommes de terre, et d’accompagner d’une espèce de mixture au sarrasin, quinoa, oignon haché, basilic. Bref, tel était le menu, bizarre, j’en conviens, mais imposé. Pas de fromages ni de desserts. Si encore j’avais un bon fromager pour voisin, je ne dis pas, mais chez moi c’est comme ça et pas question de discuter. Les premiers puent et je ne prise guère les autres.
Heureusement j’avais, en l’honneur du Belge, quelques grandes bouteilles. Dans l’ordre de débouchage : Gewurztraminer Furstentum 2006 de Collette Faller et ses filles, moelleux «première trie» Le Mont 1996, Côtes du Roussillon «Vieilles Vignes» 2005 de Gérard Gauby, deux cuvées «La Loute» (voir plus bas) Vin de Pays des Côtes Catalanes 2007 et 2008 de la Coume Majou (le domaine de mon invité, bouteilles livrées par ses soins), Corton Les Maréchaudes 2004 de Capitain-Gagnerot, et pour finir, Porto Noval «over forty years old». Démarré à midi, le repas s’est achevé à l’heure du thé et il restait heureusement un peu de Carignan au fond des flacons de la Coume Majou afin que je puisse les goûter et les commenter 48 heures après leur ouverture en bon journaliste vicieux que je suis.
Précisons à ce stade que les bouteilles de Carignan sont bouchées vis ce qui devrait garantir au vin une bonne protection. Il convient de dire aussi que la cuvée est rare puisque son tirage ne dépasse guère 600 bouteilles, à condition que Luc Charlier juge que le millésime soit digne d’une mise en avant. Résultat, le vin n’est pas donné : 23,10 € la bouteille. Pourquoi les 10 centimes ? Je l’ignore. Passons. La bouteille est ornée du portrait de «Loute », affectueux surnom donné à la fille de Luc, forcément adorée puisque unique. La couleur de l’étiquette change à chaque nouvelle cuvée, ce qui revient à dire peu souvent, puisque il n’y a pas eu de cuvée en 2005, en 2006, ainsi qu’en 2009. La vigne de Carignan en question a été plantée en 1922, face à la tramontane sur des couches profondes de schistes noirs au sommet de la Coume Maujou (voir photo). Elle n’est plus traitée depuis la venue de son nouveau maître. Les raisins sont éraflés, foulés aux pieds puis pigés pendant les premiers jours de la vinification, remontages régulier et macération sous chapeau de marc pendant 25 jours (pour 2007), puis fermentation malolactique spontanée en hiver et repos sur lies fines jusqu’au printemps avant une mise en bouteilles à la fin de l’année sans collage ni filtration.
La parcelle plantée en 1922
Le 2007, robe d’un pourpre foncé et opaque, est prêt à boire, ample, minéral, frais, lisse, juteux. Il n’est plus à la vente. Le 2008, qui vient d’être mis en vente, se livre déjà sans encombre avec enthousiasme sur de belles envolées fruitées (guigne, cassis, mûre sauvage) et toujours cette belle sensation de fraîcheur que l’on souligne en servant le vin à température cave (13 ou 14°). Ce sont des vins joyeux et optimistes que l’on peut boire sur dix ans au moins. Parmi les nombreux plats possibles sur ce vin, Luc Charlier propose le boeuf, le kangourou et l’autruche... Moi, je veux bien, mais j’opte plus volontiers pour un canard de Challans aux cerises dans lequel je verserais un soupçon de vin blanc, j'ai bien dit "blanc" car je ne veux pas un canard noir.
Merci, Christine et Luc, pour cette belle leçon de vie ! J’attends avec impatience la suite de vos aventures vigneronnes. Et que vive le Carignan !
Michel Smith
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