Blanc de Carignan
Le Carignan, c’est entendu, est un cépage rouge. Venu d’Espagne au moyen âge, il s’est imposé sans mal dans les vignobles du Sud de la France où l’on apprécie depuis des lustres sa robustesse et
sa production généreuse dans les vignobles de plaine. Je ne vais pas vous refaire le film, mais son implantation, même si elle décline, reste importante: on est passé de plus de 200.000 ha dans
les années 60 à moins de 100.000 ha en ce début de millénaire. Pour vous donner une idée, en Espagne, où il est né dans la région de Saragosse, il n’est plus cultivé que sur 8.000 ha.
Reste que ce cépage est toujours aussi détesté et mal compris, comme le prouve cette description relevée sur un site de vin dont je tairai le nom par pure charité :
«Le Carignan est toujours
assemblé avec d'autres cépages car livré à lui-même, le cépage donne un vin astringent, dépourvu de fruit». Il suffit de lire mes précédents numéros dédiés au carignan pour démentir de
manière catégorique ce genre d’affirmation. Comme il suffit de se promener en Languedoc ou en Roussillon pour constater que le carignan est de mieux en mieux considéré. Surtout par les vignerons
«estrangers» débarqués d’autres régions ou par ces personnages de plus en plus nombreux qui viennent s’essayer ou se reconvertir au travail de la vigne.
Justement, du côté de Pézenas et du village vigneron de Caux, il y en a un qui a découvert et mis en avant un aspect inattendu du carignan. Arrivé il y a dix ans après un début de vie de
journaliste à la RVF, Daniel Le Conte des Floris est tombé sur des vignes de carignan blanc, une mutation génétique dont il va savoir profiter. Cela va lui porter chance car, dès ses premiers
vins, le gars se fait remarquer. Et depuis, il a sorti quelques millésimes d’un blanc de belle tenue, sous l’étiquette «Lune Blanche», un vin joliment soutenu par une structure acide de bon
aloi.
Sa version 2008, en partie élevée en fûts neufs (pour un quart) le reste en pièces d’un à quatre vins, goûtée en Janvier lors du Millésime Bio à Montpellier, est proprement étonnante : attaque
prenante, superbe fraîcheur en bouche, persistance, on aimerait boire le vin sans attendre à l’apéritif avec des lucques (variété d’olives) du Minervois et quelques échantillons de fromages de
chèvres de l’arrière-pays.
Sans lui demander la permission – j’espère qu’il me pardonnera -, je reproduis ci-dessous le commentaire de mon complice, Marc Vanhellemont, qui décrivait, en 2007, le millésime 2004 :
«Une robe à la couleur prononcée, verte aux reflets dorés, un nez anisé aux senteurs de citron confit, de camomille et d’éclats de silex, une bouche fraîche aux goûts de chocolat blanc,
d’écorce de mandarine et de thé à la bergamote. Le vin se structure autour de son assise minérale, il développe une fraîcheur intense qui dynamise les arômes du bout de la langue jusqu’après
l’ingestion. L’élevage en barriques marque fortement le vin à son ouverture, mais un peu d’aération dissout l’élan boisé dans le gras, le minéral et le fruit de la Lune Blanche.»
Xavier Delmas et Daniel Leconte des Floris
On peut consulter le site
www.domainelecontedesfloris.com. On peut aussi goûter le carignan blanc dans d’autres cuvées du domaine, notamment «Lune Rousse», où le raisin est parfois associé au grenache blanc, au
terret bourret et à la marsanne, en allant dans le bistrot à vins que Daniel a ouvert en plein centre de Pézenas, avec son compère sommelier Xavier Demas. Plus récemment, j’ai rencontré un autre
adepte du carignan blanc - il existe aussi un carignan gris - dans le Roussillon, en la personne de Benoît Danjou, installé à Espira-de-l’Agly. En rouges comme en blancs, ses vins sont
prometteurs.
Michel Smith
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