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David Cobbold (Eccevino) est le plus français des journalistes anglais du vin, ou vice versa. Il a reçu en 2011 le Wine Blog Trophy pour son blog, More than Just Wine.
Jim Budd, sujet de sa Gracieuse Majesté, est journaliste pour diverses revues britanniques. Amoureux des vins de Loire, il leur consacre un blog, Jim's Loire, primé en 2009 du Wine Blog Trophy.
Hervé Lalau est un journaliste français écrivant pour diverses revues et sites français, belges, suisses et canadiens. Son blog "Chroniques Vineuses" lui a valu le Wine Blog Trophy en 2010.
Michel Smith, PourLeVin, est un journaliste français établi en Roussillon, travaillant pour diverses revues et guides en France. Il s'intitule
lui-même "Journaliste en Vins et autres Plats de Résistance".
Marc Vanhellemont est un journaliste belge travaillant pour divers magazines en Belgique et en France. Incontournable, sauf par la face nord.
Notre troisième Invité des 5, le Suisse Alexandre Truffer, nous parle des périgrinations d'un cépage
helvétique...
Le vignoble du Valais, en Suisse, s’enorgueillit de posséder une importante quantité de cépages anciens et endémiques. Si la Petite Arvine et Rouge du Pays – Cornalin ont réussi à obtenir une petite notoriété hors de leurs frontières régionales, l’Humagne Blanche demeure une variété tout à fait confidentielle du grand public. Ce blanc tout en finesse, qui ne présente aucune parenté avec l’Humagne Rouge, est cependant considéré par de nombreux spécialistes comme l’une des variétés les plus élégantes de la région.
Passons prestement sur les erreurs communes largement véhiculées sur internet: l’Humagne n’est pas plus riche en fer que n’importe quel autre cépage, elle n’est pas indispensable au vin des accouchées des Alpes et n’a pas d’origine romaine. Par contre, sa présence dans les Alpes suisses est bien attestée dans un parchemin de 1313. Les recherches du généticien José Vouillamoz (récemment publiées dans Origine des cépages valaisans et valdôtains, coécrit avec le biologiste du Val d’Aoste Giulio Moriondo) montre que les racines de l’Humagne remontent très loin dans le passé.
José Vouillamoz et Giulio Moriondo (Photo A.
Truffer)
Tout commence en 600 avant Jésus-Christ, lorsque des marins phocéens installent une colonie à l’embouchure d’un fleuve puissant. Baptisé Massalia, ce comptoir permet aux Grecs de se fournir en étain. Le petit port grandit, devient une ville et constitue pour nombre d’historiens le point d’entrée de la civilisation hellénique en Europe de l’Ouest. Au nombre des nouveautés amenées par les colonisateurs se trouve bien entendu la vigne. Au fil des siècles, Massalia devient Massilia pendant l’époque romaine, puis Marseille. Quant à la vigne, sa culture s’étant dans l’arrière-pays en suivant les routes de communication dont la plus importante est le Rhône. Certains plants traversent même l’obstacle du Lac Léman et atteignent les Côtes-du-Rhône supérieures où ils prennent le nom d’Humagne.
«Encore une origine fantaisiste et mythologico-marketing!» s’empresseront de crier les sceptiques. Eh bien, pour une fois, des indices scientifiques montrent que cette origine n’a rien de fantasmée. Les recherches de José Vouillamoz avaient déjà montré un lien de parenté directe (de type parent-enfant) entre l’Humagne et le Colombaud, vieux cépage autrefois largement diffusé en Provence et qui a presque disparu de nos jours. Une seconde analyse réalisée par des chercheurs français a révélé une énorme surprise: l’Humagne survit à l’état de traces dans les vieilles vignes des Pyrénées-Atlantiques où il est connu sous le nom de Miousat.
Dès lors, la question se pose: l’Humagne est-elle un Miousat qui a remonté le Rhône ou le Miousat est-il une Humagne descendue vers la Méditerranée? C’est alors que la linguistique vient à notre secours. Une étymologie complètement erronée est malheureusement venue polluer le débat. En 1812, le docteur Schiner assimile l’Humagne à un inexistant Vinum Humanum, lui attribuant ainsi des origines romaines, régulièrement reprise par la plupart des auteurs. Néanmoins, José Vouillamoz s’insurge contre cette romanisation erronée. Il rappelle que le philologue Paul Aebischer avait déjà considéré dans un ouvrage de 1959 cette étymologie comme fantaisiste. Ce linguiste proposait alors une origine tout à fait différente. Humagne dériverait du grec hylomaneo, un verbe signifiant «avoir un excès de vigueur, avoir trop de rameaux, de sarments, de feuilles de pampres». De la Grèce au Valais en passant par les Pyrénées, un seul chemin apparaît cohérent, celui qui passe par Marseille.
Ce billet qui reprend des éléments présentés dans un dossier du magazine VINUM ne serait pas complet sans une petite présentation des meilleures Humagne (dégustées pour le même dossier). Puisse-t-elle inciter les vignerons du Sud-Est de la France à redécouvrir le Miousat !
Leytron, village de l'Humagne (Photo A. Truffer)
Serge Roh, Vétroz, Humagne Blanc de Vétroz 2010
Commentaire : Robe pâle et brillante. Nez délicat associant des notes de poire et du silex. Bouche ample, volumineuse et structurée équilibrée par une acidité puissante. La finale, à la très belle persistance, offre une amertume vineuse qui porte un fruité de poire très pur. Un vin de grande classe.
Domaine des Muses, Sierre, Humagne Blanche Tradition 2010
Commentaire : Robe brillante. Notes de poires fraîches et touche florale dans un nez un peu fermé. Elégant, vineux et harmonieux, ce vin présente un superbe équilibre entre une trame vive et tendu un fruit gourmand très pur. La petite pointe d’amertume porte une finale vineuse.
Cave La Tornale, Chamoson, Humagne Blanche de Chamoson 2009
Commentaire : Jus de poire et silex au nez. Notes délicates de fruits blancs, pointe tannique perceptible, finale minérale s’équilibrent avec harmonie dans ce blanc vineux.
Cave des Cailles, Saint-Pierre-de-Clages, Humagne Blanc 2009
Commentaire : Des notes de poires, de bois et de résine au nez. Frais et dense, mûr et vif, voilà un bel exemple d’équilibre et une matière magnifiquement maîtrisée. Finale fraîche, minérale et persistante.
Et voici quelques exemples de millésimes plus anciens qui démontrent le potentiel de garde de cette variété.
Madeleine et Jean-Yves Mabillard-Fuchs, Venthône, Humagne Blanc 2005
Commentaire : Nez puissant, notes de miel, de mirabelle et de pain de seigle. Puissance, amplitude, longueur et élégance composent un monument de vinosité à la minéralité éclatante. Finale intense et chaleureuse.
Cave Caprice du Temps, Miège, Humagne Blanc 1999
Commentaire : Nez expressif, cire d’abeille, miel, notes florales. Attaque fraîche, notes de miel, reine-claude, légère astringence minérale en finale. Superbe de jeunesse et de fraîcheur, ce vin ne fait pas la moitié de son âge
Provins Valais, Sion, Humagne Blanche Maître de Chais 1991
Commentaire : Nez intense de cire d’abeille. Attaque vive, notes de pain de seigle en milieu de bouche et de fruits secs en finale. Elégante pointe d’amertume et trame minérale composent un vin de belle tenue qui prouve le potentiel de vieillissement de l’Humagne.
Alexandre Truffer
RomanDuVin.ch
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