Jeudi 11 mars 2010
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Vieux. Rien que le mot me fait gerber vu que j’ai dépassé la soixantaine et que déjà, à cinquante ans, on me prenait pour le vieux que je ne suis pas prêt d’être et que je n’ai pas l’intention de
devenir.
Mais revenons au vrai sujet de la chronique de ce «Smithday» : le muscat.
Quelque soit sa génétique, ce raisin généreusement sucré et parfumé a quelque chose du passé, un je-ne-sais-quoi sorti d’un film genre «Arsenic et Vieilles Dentelles» avec ces filles enrubannées
qui papotent entre elles et papillonnent autour d’un cake tandis que les messieurs d’un certain âge dégustent un porto forcément vieux, lui aussi. Cela sent la bourgeoisie douillette, les culs
serrés et les fausses manières.
-Vous prendrez bien quelque chose ?
-Deux doigts de muscat, s’il vous plaît.
Les Cazes en mêlée
ouverte
Chez nous, dans mon Sud, deux variétés tiennent le haut du pavé : le muscat d’Alexandrie et le muscat à petits grains. Des raisins que l’on retrouve sur tout le pourtour méditerranéen depuis les
Grecs, bien avant les conquêtes romaines. À Rivesaltes, bourgade pépère qui a donné son nom à l’aéroport de Perpignan, les deux muscats sont présents avec une préférence parfois affichée dans les
assemblages pour l’un ou pour l’autre. Chez les Frères Cazes, aujourd’hui Maison Cazes, on associe les muscats à égalité et l’on pratique trois types de vinification pour un résultat étonnant.
Une visite sur leur site www.cazes-rivesaltes.com vous en apprendra plus.
Je n’ai pas la science infuse, mais à mes yeux, le plus beau des muscats, le plus régulier aussi, est sans conteste celui des Cazes. En plus, ce sont des gars que j’adore : franchise, honnêteté,
gentillesse, amour sincère de leur métier, ils ne m’ont jamais rien caché sur leur façon de faire. Un jour qui remonte à Mathusalem, alors que nous devisions muscat, André me récitait la version
officielle de Comité Interprofessionnel de l’époque comme quoi il était préférable de boire le muscat dans l’année. Aimant la contradiction, je me suis mis à conserver chaque année un ou deux
flacons de muscat de Rivesaltes Cazes au plus profond de ma cave. Six ou sept ans après, lors d’un de ces pénibles repas de Noël où il faut se forcer de goûter un foie gras archi cuit, j’ai
débouché un flacon de 1990, juste pour voir, en lieu et place du sempiternel Sauternes et le miracle vit le jour : l’enfant Jésus – normal le jour de Noël – en culotte de velours !
Dans la cave de Michel
Smith
Depuis ce jour, je ne jure que par les vieux muscats. Ni une ni deux, les frères Cazes, qui sentaient comme moi le vent tourner, avaient mis de côté quelques bouteilles. Ils éditèrent alors un
coffret de Muscat en vieux millésimes avec des perles comme 1988, 1998 ou 1993 qui se goûtent divinement aujourd’hui, notes de figue, de mirabelle confite, d’abricot sec, de raisin de Corinthe et
même de truffe, le tout habillé d’une chatoyante parure d’ambre et d’or. Ils ne le crient pas sur les toits, mais si vous téléphonez de ma part et que vous y mettez le prix, je suis sûr qu’ils
vous garderont quelques flacons de derrière les fagots. Vous irez ainsi les chercher dans leur boutique qui a quelque chose d’une caverne d’Ali Baba. Ils ont même ouvert un petit restaurant à
côté.
Michel Smith
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