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David Cobbold (Eccevino) est le plus français des journalistes anglais du vin, ou vice versa. Il a reçu en 2011 le Wine Blog Trophy pour  son blog, More than Just Wine.

Jim Budd, sujet de sa Gracieuse Majesté, est journaliste pour diverses revues britanniques. Amoureux des vins de Loire, il leur consacre un blog, Jim's Loire, primé en 2009 du Wine Blog Trophy.

Hervé Lalau est un journaliste français écrivant pour diverses revues et sites français, belges, suisses et canadiens. Son blog "Chroniques Vineuses" lui a valu le Wine Blog Trophy en 2010.

Michel Smith, PourLeVin, est un journaliste français établi en Roussillon, travaillant pour diverses revues et guides en France. Il s'intitule lui-même "Journaliste en Vins et autres Plats de Résistance".

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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 00:05

Je suis souvent frappé par la prétention de certaines personnes lorsqu'ils parlent du vin.

Des sommeliers, parfois, mais pas seulement. Des consommateurs "qui savent tout", aussi.

En définitive, ont leur place dans ce "Cercle des Prétentieux Non-Disparus" tous ceux qui vantent, devant une assistance qui n'en a rien à faire, mais qui n'ose pas les interrompre, leurs exploits personnels lors de dégustations ou autres situations où leur petit ego peut être mis en valeur. Comme ceux qui donnent des leçons de vinification à des vignerons, par exemple !

 

J’ai beaucoup aimé un article paru récemment dans Slate (magazine web, version US), et intitulé “ACI. A new way of measuring pretentiousness”. Je l’ai même tellement aimé que j’ai décidé de le traduire pour vous, chers lecteurs de ce blog, en donnant, bien évidemment, tout le crédit à son auteur: Calvin Trillin.

 

Slate-front-page.jpg

 

Pour les besoins de cette traduction/adaptation, j'ai transposé l’acronyme ACI de la version américaine en ICC dans la version française, pour des raisons qui deviendront évidentes à la lecture, ainsi que sa pleine signification. Pour votre gouverne, ACI signifie "Asshole Correlation Index"

 

Voici l’histoire écrite par Trillin dans Slate et que j'ai légèrement raccourcie.

 

“Lorsque j'entrais dans le bar, proche de Grand Central (ndt: la gare principale de NYC), il était presque vide; je ne m’étonnais qu’à moitié d’y trouver, perché sur le tabouret qu’il occupait déjà la dernière fois que j’avais fréquenté ce bar, le gentleman d’âge mûr qui m’avait raconté que la crise économique était devenue inévitable à partir du moment où des gens intelligents avaient commencé à se faire embaucher à Wall Street; comme il m'avait expliqué alors: “nos gens à nous n’auraient jamas pu inventer des credit default swaps, car les mathématiques sont bien trop complexes”.

 

Je me suis installé quelques tabourets plus loin et je lui ai fait un signe de la tête. Il  m'a  rendu mon salut en levant son Martini. Comme la dernière fois que je l’avais rencontré, il était habillé d'un pantalon gris, d'une veste en tweed, d'une chemise bleue à col boutonné et d'une cravate club: exactement l’accoutrement des campus de Nouvelle Angleterre vers le début des années 1960.

 

Je venais de commander à boire lorsque nous fûmes amenés à échanger des regards trahissant notre désarroi: trois hommes assis à l’autre bout de la pièce avaient commencé à parler de vin avec un volume sonore qui aurait pu alerter un passant à quelques encablures à la ronde.

 

Mon type au bar hocha sa tête vers les trois et me dit: “ Chez les gens qui pensent connaître quelque chose au vin, l'ICC est de 61”.

Intrigué, je lui demandais: “Qu’est-ce qu’un ICC ?”

Il baissa un peu la voix  et me répondit: “Indice de Connard Corrélation”

Jeelui dit “vous voulez dire que 61% des gens qui parlent du vin sont…”

“Correct”, me coupa-t-il, “mais ce n’est pas un indice trop élevé. Il signifie quand même que près de 40% des gens qui pensent connaître quelque chose au vin, pour une raison ou une autre, ne sont pas prétentieux. Je parie pourtant que les gars qui sont là-bas font partie des autres 61%. Quand ils auront terminé de gloser sur quelques pinot noirs qu’ils seraient incapables de distinguer dans une dégustation, ils commenceront à parler de cigares ou de single malt scotch. Et les gens qui passent beaucoup de temps à parler et de cigares et de single malt scotch ont un ICC de 78. Ca, c’est un bon score ! Bien plus élevé que pour un des sujets pris isolément. Si on rajoutez le vin à ces deux sujets, on fait exploser le compteur !”

“Mais comment arrivez-vous à ces indices ?” lui demandai-je.

“J’ai mes méthodes”, me dit-il. “Vous avez vu ces scènes de films de guerre  dans lesquelles un officier allemand parle à un pilote allié capturé, dans une pièce où un autre type, blond et habillé dans un long manteau en cuir, est tranquillement assis, et l’officier dit au pilote ‘j’espère pour vous que allez nous dire ce que nous voulons savoir. Sinon, Herr Mueller ici présent a ses méthodes.’ Vous n’avez qu’à me considérer comme Herr Mueller.”

"Mais ne craignez-vous pas mettre les gens dans des stéréotypes?”  lui demandais-je.

“Rien qu’un petit pourcentage” il retorqua. “Par exemple, que pensez-vous d'un type qui porte un blazer par dessus d’une chemise de sport qui est déboutonnée presque jusqu'au nombril ? Quelle est votre première réaction ?”

“Sale type” je dis.

“Pas moi!” il répondit. “Je pense 93 ICC. D’accord, c’est un indice élevé, et même un des plus élevés jamais enregistrés. Cela bat même de 25% l’indice pour des hommes qui portent des jeans de designers. Mais cela laisse de la place pour les 7% qui gardent leurs chemises ouvertes pour une très bonne raison – par exemple un problème de peau qui les obligent à faire circuler l’air en permanence sur leur poitrine. On pourrait dire que l’ICC est un concept qui induit davantage de tolérance envers les autres - sans vouloir vous offenser.”

 

La logique était imparable, même si un ICC de 93 pour des types qui laissent leur chemise déboutonnée jusqu’au nombril sous leur veste me semblait un peu bas.

“On pourrait pendre un autre exemple”, continua-t-il. “Prenons le cas des habitants d'East Hampton (banlieue très chic de Long Island. Neuilly pourrait être une sorte d’équivalant parisien - ndt). “Je crois que vous avez dit une fois que quelqu’un capable de faire un tour d’East Hampton à vélo sans être transformé en marxiste par la vision des haies - rien que les haies - pourrait être considéré comme acquis définitivement au capitalisme”.

“Comment connaissez vous mon opinion sur le haies d’East Hampton?”  m'étonnais-je.

“J’essaie de me tenir au parfum” dit-il, comme s’il était parfaitement normal d’être au courant des conversations de quelqu’un qu’on avait rencontré une seule fois auparavant. “En tout cas, l’ICC pour des gens qui habitent derrière des haies très imposantes est de 61 - une coïncidence étrange car c’est le même pour les gens qui parlent beaucoup du vin. Naturellement, l’indice pour des gens qui habitent derrière des haies très imposantes et qui parlent beaucoup de vin grimpe à 82/100. Je n’ai pas encore calculé quel serait l’indice s’ils prennent aussi leurs vacances d’hiver à St. Bart pendant les  Fêtes, mais cela va certainement l’accroître. Ce genre de choses a tendance à avoir un effet cumulatif.”

 

Je me rendis compte alors que nos verres étaient vides. “C’est pour moi” dit l’homme.

“Non, non, c’est pour moi” répliquai-je. “J’insiste”

“Les gens qui insistent pour payer une note au bar ont un indice de 57, car beaucoup sont des m’as-tu-vu” dit-il.

J’ai levé les bras en signe de réddition. Il signala au barman de nous apporter d’autres verres et dit : “Cela fait 9 points de plus que ceux qui laissent toujours payer quelqu’un d’autre” .

“La prochaine tournée est pour moi”, lui dis-je.  

On peut s'amuser avec cet indice, il me semble. C'est beaucoup plus marrant que les ratings de Standard & Poors, en tout cas. 

David

Par les5duVin - Publié dans : Mieux vaut en rire - Communauté : Les Amis des 5 du Vin
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Commentaires

Et quel indice pour ceux qui laissent un pourboire au bar ? Et pour celui qui ramasse le pourboire ? Certains aimeraient aussi appliquer ce genre de raisonnement aux journalistes (vin, politique, sport, cinéma, musique, liste non exhaustive...) et aux blogueurs... Bon, j'dois avoir 90 que l'échelle du persiflage...
Commentaire n°1 posté par Michel Smith le 30/01/2012 à 07h27
Et ceux qui ont un chapeau? Et ceux qui ont un chapeau de paille?
Commentaire n°2 posté par Hervé Lalau le 30/01/2012 à 08h40
Il faillait lire : SUR l'échelle du persifflage !
Et le béret, Hervé ? Qu'est-ce que tu en fais de mon béret ?
Commentaire n°3 posté par Michel Smith le 30/01/2012 à 08h53
L'avantage de cet indice est qu'il peut s'appliquer un peu partout.
Commentaire n°4 posté par David Cobbold le 30/01/2012 à 09h22
Intéressant et amusant !
Ben moi, des fois, je me suis lourdement trompé en appliquant hativement à un quidam un IEP élevé (IEP : Indice d'évaluation péremptoire), puis je l'ai regretté...
Même maintenant, alors que je suis jeune depuis longtemps, il m'arrive encore de me fourvoyer !
Commentaire n°5 posté par Guy Salmona le 30/01/2012 à 10h39
On est bien d'accord Guy. L'avantage d'un indice est qu'il est révisable en permanence. Voyez les agences de notation financière par exemple
Commentaire n°6 posté par David Cobbold le 30/01/2012 à 11h02
Oui David .... Spaniel et Paws ....
Commentaire n°7 posté par Jim Budd le 30/01/2012 à 11h20
Or Muddy's
Commentaire n°8 posté par David Cobbold le 30/01/2012 à 14h34
David,

Le Taulier serait preneur d'une interview très poussée sur l'ICC...
Merci de me contacter à ma crèmerie.
à bientôt j'espère
Commentaire n°9 posté par berthomeau dit le taulier le 30/01/2012 à 14h35
@David : or Buddy's
Commentaire n°10 posté par Michel Smith le 30/01/2012 à 17h19
Il y a aussi l'agence Bitch...
Merci pour cet éclat de rire, David !
Commentaire n°11 posté par Tamara le 01/02/2012 à 19h15

POURQUOI CE BLOG?

Ce blog est né de l'heureux hasard d'une rencontre, en 2010, au Salon des Vins de Loire d'Angers, autour d'un verre de rosé de Bourgueil - celui de Pierre Jacques Druet. Il y avait là cinq "plumitifs" du vin. Le rosé aidant, l'idée a germé de créer un espace commun.
Parce qu'à cinq, on peut aborder plus de thèmes.
Parce qu'on peut débattre.
Parce qu'on peut partager. Des coups de coeur, des coups de gueule, de l'expérience.

Et qu'est-ce que le vin sinon une boisson de partage?


De ces cinq, certains sont déjà des blogueurs confirmés, d'autres non.
Comme il y a les 5 sens, il y  a maintenant les 5 du Vin.


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