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Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 10:06

Une chronique qui tombe à point, au lendemain de Millésime Bio, un salon qui rencontre de plus en plus de succès, jusqu'à drainer des exposants et des visiteurs dont on ne soupçonnait pas l'engagement bio.

Si j'en crois l'Institut Français de l'Agriculture Biologique, le nouveau projet européen d'encadrement du vin bio, qui ne se limitera plus à la viticulture, mais englobera toute la transformation du raisin, tout le processus oenologique, prévoit d'autoriser l'osmose inverse.

Je me pose une question: sachant que cette technique de concentration aboutit à gommer l'effet millésime (c'est même son intérêt principal, mis en lumière dès 1992), le vin bio ainsi obtenu sera-t-il encore vraiment fidèle à son raisin, à son environnement, à la philosophie bio?

Autre question plus générale: comment peut-on accepter cette pratique dans les AOC, qui sont censées mettre en avant le "lien au terroir". Un terroir ainsi gonflé, c'est encore un terroir? Une année pluvieuse livrant ce qu'elle a, mais dont on retire l'eau, pour augmenter artificiellement la part de l'extrait sec, cela mérite encore qu'on mette un millésime sur l'étiquette? Ou faudrait-il exiger une mention du genre "2012 rectifié" ou "2012 concentré"?

C'est incontestable, l'oenologie a énormément apporté à la connaissance et à la pratique du vin. Qui voudrait vraiment revenir en arrière? Grâce à elle, nous nous sommes débarrassés d'une grande partie des vins à défaut qui encombraient les chais jusque dans les années 80.

Mais n'avons nous pas perdu au change une dimension importante du vin? Je veux parler du respect de la matière première et notamment de sa variabilité selon les années, du fait qu'un 2008 ne sera jamais un 2009? Sauf bien sûr lorsqu'on pratique le bodybuilding.

On nous dit souvent que les vignobles du nouveau Monde sont plus réguliers que ceux d'Europe.

C'est vrai qu'en moyenne, leurs climats sont plus réguliers. Mais n'est-ce pas aussi une belle façon pour eux d'habiller le fait qu'ils utilisent depuis belle lurette, et sans contraintes, l'osmose inverse, la chaptalisation, le mouillage, la désalcoolisation, la désacidification, la réacidification, toutes les ficelles que nos oenologues ont mises au point depuis 40 ans.

Faut-il que nous nous en privions? Sans doute pas pour les vins de masse, les IGP, les vins de France. Mais pour les AOC, et pour les vins bio, là,  j'ai plus qu'un doute. Si le consommateur apprend un jour la tambouille qu'on lui prépare, je ne suis pas sûr qu'il continue à adhérer au concept, à notre fameuse exception culturelle.

Si l'on veut que les mots aient un sens, il faut respecter la philosophie qui est derrière, et non toujours tirer sur la corde au maximum, juste avant qu'elle ne rompe.

Si les conditions qu'on fixe au vin bio sont trop laxistes, ce ne sera plus qu'une coquille vide. Je sais que d'aucuns pensent que c'est déjà le cas. Ils ont beau jeu de démontrer qu'on trouve de tout sous la mention. Que la certification est bradée. Que le bio industriel va tuer le bio. Que la mention ne veut rien dire. Et puis aussi, que la vérité est dans le verre. Salut, David!

N'oublions pas, quand même, les vrais passionnés du bio, ceux qui ne font pas que transformer du raisin en vin, mais qui mettent leur âme dans la cuve, si vous me passez l'expression (l'idéalisme n'a jamais tué personne, au contraire de l'idéologie). Ceux-là, je ne voudrais pas qu'on les mette dans le même sac que les opportunistes qui font du bio parce que ça se vend mieux aujourd'hui. Pour ces industriels fraîchement convertis au bio, la question des limites de soufre qu'on pourra demain ajouter dans le vin bio (toujours pas tranchée), ce n'est pas une question de philosophie, mais de risque commercial. Plus de soufre, c'est la garantie de pouvoir utiliser une récolte, disons, moins soignée. Il y a plus qu'une nuance, c'est une autre vision...

Antoine Gerbelle a dit un jour que dans quelques années, dans le vin, "le bio sera la règle", ou quelque chose du genre. Je m'en félicite si cela veut dire que le respect de l'environnement se généralise dans la vignoble; que le niveau des pesticides régresse à la vigne et dans les nappes phréatiques - et avec lui, le nombre d'affections chroniques chez les viticulteurs qui traitent la vigne.

Mais si cela veut seulement dire que le niveau de contraintes pour obtenir le bio a été abaissé, alors cela devient de la cosmétique. "Tout le monde il est bio, tout lemonde il est gentil", aurait dit le regretté Jean Yanne...

Amis oenophiles, restez vigilants. Que la mention bio vous séduise ou pas, qu'elle rencontre un écho chez vous ou pas, vous êtes en droit, comme consommateurs, d'exiger qu'elle signifie un véritable engagement à produire, non pas un grand vin (ça, c'est autre chose, il y a des grands vins hors du bio comme dans le bio, en biodynamie, en vin dit nature, etc...), mais à produire plus sain, à produire vrai.

Ugh. J'ai dit!

Hervé

 

 

Par les5duVin - Publié dans : Vœux - Communauté : Les Amis des 5 du Vin
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Commentaires

Ugh!
Je pense que tu as raison sur le fond de l'approche philosophique qui sous-tend la mouvance bio. Et il en irait de même avec les pratiques "aromatisants" (copeaux etc). La vaste question de la qualité perçue (qui n'est que subjectif, après tout) est une autre affaire.
Autrement dit, il y a, implicitement, dans le concept "bio", une notion d'intervention moindre, en tout cas d'une absence de corrections lourdes de ce que dame nature (bonne ou mauvaise) donne dans une récolte. Et qu'autoriser ce type de correction ne correspondrait pas du tout à la philosophie "bio", avec ses illusions et ses lubies.
La soufre, je crois que c'est autre chose : un produit nécessaire pour la bonne conservation du vin en toutes circonstances. Mais je serais fort étonné que ceux qui ont fait achopper la protocole européenne sur la vinification "bio" sur la question des doses de soufre laissent passer l'osmose inverse. S'ils le font, ils n'ont vraiment aucune cohérence !
Commentaire n°1 posté par David Cobbold le 28/01/2012 à 11h56
Souffre que je sois d'accord avec tes observations, Marc. Quant au soufre, c'est une autre histoire. En dehors du fait qu'il pue (ben oui, quoi, ça pue le soufre ici ou ailleurs), je pense qu'il est de moins en moins nécessaire. D'ailleurs, grâce au progrès de la technique, donc de la science, il paraît en chute libre chez la plupart des bons vinificateurs qui en mettent bien moins que n'en mettaient leurs parents.
Commentaire n°2 posté par Michel Smith le 28/01/2012 à 13h34
Pardon, je voulais parler d'Hervé au début de mon commentaire... On ne se relit jamais assez !
Commentaire n°3 posté par Michel Smith le 28/01/2012 à 13h35
Le niveau maximum proposé dans le nouveau projet serait de 50mg par litre pour les vins secs (- de 2g de sucre résiduel), ce qui ne devrait pas poser de problème pour la conservation des vins obtenus avec du raisin sain.
Commentaire n°4 posté par Hervé Lalau le 28/01/2012 à 14h05
@ Michel. Rien u'au nombre de photos, tu aurais dû faire la différence avec les chroniques de Marc! Et je ne parle pas de la qualité du contenu, tu connais ma modestie.
Commentaire n°5 posté par Hervé Lalau le 28/01/2012 à 14h18
bien évidemment d'accord avec Hervé...En bio comme en conventionnel, il faudra bien choisir ses vignerons.
Le cahier des charges de vinification qu'ils essaient laborieusement de mettre en place ne nous concerne pas tellement ici, à la Molière...On a fait sans jusque là et on continuera... Je ne sais pas si l'éthique bio est vraiment importante pour certains qui se convertissent aujourd'hui...Business is business!
Commentaire n°6 posté par Isabelle le 28/01/2012 à 14h28
il y a 2 trucs qui me chiffouillent : dans le nouveau cahier des charges de vinification l'autorisation des levures bio, ce sont quand même des levures exogènes, et surtout surtout le fait que le bio, aujourd'hui, ce n'est qu'une vérification sur facture d'une exploitation agricole donnée, donc en clair on peut faire partie de renaissance des terroirs et se faire rémunérer des apports de gravats sur les terres non viticoles d'exploitations ouvertement bio. Du coup, j'y crois plus du tout au label bio, et j'en suis bien désolée.
Commentaire n°7 posté par Irène Tolleret le 28/01/2012 à 16h13
Je reste à convaincre de l'intérêt ABSOLU d'utiliser des levures indigènes. Des levures biens adaptés au travail requis, et aux conditions, sont essentiels mais pourquoi cette insistance sur des souches indigènes à tout prix. Si les souches qu'on a dans son chai sont trop faibles, ou insuffisants, ou bien ont parmi eux la souche brettanomyce bruxellensis (c'est vrai qu'elle donne un sacré "goût de terroir, celle-ci !), il est sûrement préférable pour la qualité du vin de prendre une bonne sélection ("bio" si on est de cette persuasion particulière). Je crains qu'on érige trop souvent l'indigène au-dessus de l'exogène. Cela doit être mon complexe d'immigré.
Commentaire n°8 posté par David Cobbold le 28/01/2012 à 19h44
Toi y en a écrire très bien pour indigène. Ya bon Cobbold.
Commentaire n°9 posté par Hervé Lalau le 28/01/2012 à 22h48
Merci de fournir vos sources pour ce maximum de 50 mg/l de SO2. A ma connaissance les discussions portaient sur des niveaux au moins double sur un rouge (100 mg/l), et elles n'aboutissaient pas car cela était jugé trop contraignant.
Commentaire n°10 posté par Didier Michaud le 29/01/2012 à 11h08
Côme Isambert (IFOAM): La proposition d'Ifoam* de fixer un taux de soufre selon le taux de sucre résiduel dans le vin, de 50 mg/L pour les vins secs dont la teneur est inférieure à 2 g/L, et de 30 mg/L pour celles supérieures à 2 g/L, est remise au goût du jour. Fixer le taux de SO2 selon un zonage Nord / Sud ayant été refusé par une partie des pays européens et Ifoam ». La future réglementation européenne pour la vinification biologique, qui prévoit d'abaisser le taux de sulfites par rapport aux doses maximales autorisées, devrait donc vraisemblablement être établie selon le critère du taux de sucre résiduel. C'est en tous cas ce qui actuellement fait l'objet de discussions au sein de la Commission européenne. En cas de conditions climatiques exceptionnelles qui justifieraient un dépassement des limites bio, des demandes de dérogations sont envisageables et prévues dans le cadre réglementaire.
Commentaire n°11 posté par Hervé Lalau le 29/01/2012 à 18h45
Lire le tableau qui est exact, en dessous du texte farfelu.

http://www.viti-net.com/Reglementation/article/ce-qui-devrait-changer-pour-les-prochaines-vendanges-2332-77133.html
Commentaire n°12 posté par Didier Michaud le 29/01/2012 à 19h01
Pour l'exemple d'un rouge, les chiffres cités dans le texte, 30 et 50 mg/l, sont des_réductions_à appliquer par rapport au maximum autorisé en vinification conventionnelle dans la communauté européenne, qui est de 15O mg/l.
Il ne s'agit en aucun cas du SO2 total autorisé en bio, il y aurait d'ailleurs une incohérence totale à ce que les doses soient plus importantes sur un vin contenant moins de sucres résiduels ;-)
Commentaire n°13 posté par Didier Michaud le 29/01/2012 à 19h14
Effectivement, M. Michaud, il y a là une incohérence que j'aurais dû remarquer plus tôt. Dont acte.
J'attendrai de voir le projet final avant d'émettre un avis.
Commentaire n°14 posté par Hervé Lalau le 29/01/2012 à 22h05

POURQUOI CE BLOG?

Ce blog est né de l'heureux hasard d'une rencontre, en 2010, au Salon des Vins de Loire d'Angers, autour d'un verre de rosé de Bourgueil - celui de Pierre Jacques Druet. Il y avait là cinq "plumitifs" du vin. Le rosé aidant, l'idée a germé de créer un espace commun.
Parce qu'à cinq, on peut aborder plus de thèmes.
Parce qu'on peut débattre.
Parce qu'on peut partager. Des coups de coeur, des coups de gueule, de l'expérience.

Et qu'est-ce que le vin sinon une boisson de partage?


De ces cinq, certains sont déjà des blogueurs confirmés, d'autres non.
Comme il y a les 5 sens, il y  a maintenant les 5 du Vin.


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