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Jim Budd, sujet de sa Gracieuse Majesté, est journaliste pour diverses revues britanniques. Amoureux des vins de Loire, il leur consacre un blog, Jim's Loire, primé en 2009 du Wine Blog Trophy.

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Michel Smith, PourLeVin, est un journaliste français établi en Roussillon, travaillant pour diverses revues et guides en France. Il s'intitule lui-même "Journaliste en Vins et autres Plats de Résistance".

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Jeudi 29 juillet 2010 4 29 /07 /Juil /2010 00:03

C’est l’été et, malgré les risques de bouchons et les cortèges de caravanes qui s’ajoutent aux camions, j’ai décidé de m’autoriser quelques courtes escapades. J’aime Rasteau, alors quand on m’y a invité, il y a quelques jours pour assister à La Tosca aux Chorégies d’Orange, ni une ni deux, j’ai dit oui. D’autant que l’invitation, par le truchement de Michèle Piron-Soulat, émanait de Jean-Jacques Dost. J’étais ravi de revoir cet escogriffe illuminé venu du Sud Ouest il y a quelques années pour permettre à la Cave Coopérative de Rasteau, imposant monument aux pieds du beau village éponyme, de passer le cap du millénaire. L’homme est disert, intelligent, charmeur, percutant. Il adore être titillé par les journalistes. Cela tombe bien car je suis volontiers « titilleur ».  Alors, comme le dit si bien le dicton que je viens de réadapter : « Qui aime bien titille bien ».

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Jean-Jacques Dost, le directeur, sourit au succès de la cave.

L’autre raison qui m’a poussé vers Rasteau ce soir-là, c’est que j’ai un faible pour les coopératives. Surtout pour celles qui, à l’instar de Rasteau, se donnent du mal pour exister et prospérer dans un univers aussi impitoyable qu’est celui du vin par les temps qui courent. Il y a enfin une dernière raison qui m'attire vers la coopérative : elle est sociale, du genre « tous pour un, un pour tous », une idée communautaire qui me séduit. Ainsi, si j’étais propriétaire de vignes dans l’entourage d’une coopérative viticole efficace, dirigée par un président en phase avec ses adhérents (ici, il s’agit de Jean-Claude Paolucci) et avec son premier ministre, pardon son directeur, je serais le premier à y mettre mes vignes pour le bien de tous. Avec 80 adhérents, la coopérative de Rasteau exploite 700 ha en appellation sur un territoire qui compte 1.240 ha de vignes. Vu de la cave, c'est splendide : on distingue vers l'est les Dentelles de Montmirail puis le sommet nu du Ventoux et, en se retournant, le village perché de Rasteau. La Provence en majesté.

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Le fronton de la vieille cave.

Rasteau, à la croisée des chemins, c’est donc un immense palais années 50 pas très heureux sur le plan architectural, hormis peut-être le fronton, mais qui offre l’avantage d’avoir été fort bien pensé. Cette cave est aujourd’hui doublée, de l’autre côté de la route qui mène à Cairanne, par un petit palais dédié au commerce et à l’oenotourisme (dieu que ce mot m’exaspère…), palais que l’on affuble une fois de plus de cet horrible mot de « caveau ». Il y a là un vaste parking qui sera un jour ombragé si l’on s’occupe bien des arbres, un bâtiment de pierres et de verre résolument moderne et lumineux qui se présente à l'intérieur tel un magasin de luxe avec un grand comptoir pour la dégustation, une zone très « clean » pour le client amateur de petit vrac et de bon rapport qualité-prix, clientèle qui, même si elle est en plein déclin, est toujours respecté par les dirigeants de la cave. S’ajoutent un peu à part, une zone genre galerie d’art, un espace salon avec de larges fauteuils tournés vers un écran pour que l’on puisse comprendre comment fonctionne la cave, puis un espace dégustation réservé aux professionnels. J’oubliais un mini-circuit pédestre qui permet de voir in situ tous les cépages du coin, y compris l’alicante qui, bien entendu, ne fait plus partie de l’appellation.

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Vente en vrac, randonnée cépages et boutique high tech...

Il y a deux types de vins à Rasteau. Les vins doux naturels et les vins « tranquilles ». J’ai laissé tomber cette fois-ci les VDN qui sont bons, surtout le rouge fruité « Signature », mais qui me fascinent moins en ce sens que j’ai autour de chez moi quantité de trésors en vins fortifiés. En outre, si la cave vinifie 60 % de l’appellation Rasteau VDN (décret de 1944) grâce à un ancien directeur originaire de Frontignan, un certain Monsieur Galabert, émerveillé pendant son mandat dans les années 30 par les grenaches noirs de la commune, ce vin ne compte plus guère que pour 5 à 6 % des ventes, soit 100.000 bouteilles et 450 à 500 hl de vrac. La cave, fondée en 1925, est un peu moins dominatrice – 50 % de l’appellation, tout de même - dans la catégorie des vins dits « normaux » que sont les simples côtes-du-rhône blancs et rosés et côtes-du-rhône-villages-rasteau (uniquement en rouges), mais elle défend avec ardeur le bon niveau d’un rouge qui, à partir de la récolte 2009, pourra désormais afficher seul le nom de son clocher. Le décret a été signé le 9 juin dernier.

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Ma consoeur Anne Schoendoerffer de Vitisphère interview et filme Alexis Cornu le maître de chai de la cave de Rasteau sur les hauteurs du village.

Ce qui suit est un petit résumé de ma dégustation. Je signale simplement qu’un jeune maître de chai, Alexis Cornu, est en train de faire progresser les vins…

-Le blanc 2009 (Côtes du Rhône), assemblage de grenache blanc, bourboulenc et clairette s’articule autour du gras mais avec pas mal de vivacité en bouche. À 4,90 € départ cave.

-Le rosé 2009 (Côtes du Rhône), vin de saignée offre un très joli nez, du gras, mais aussi une formidable structure qui lui donne du punch, avec de belles notes fruitées en finale. Une belle affaire à 4,70 € départ.

-Le rouge « Tradition » 2009 (Côtes du Rhône Villages Rasteau, probablement Rasteau tout court pour les prochaines mises) est dominé par le grenache le reste étant composé de carignan, syrah et mourvèdre., se fait ample, puissant, avec une certaine élégance au nez comme en bouche. Simple, mais bon, mon préféré. 6,80 € TTC départ, mais on le trouve souvent en dessous de 6 € chez Carrefour ou Casino.

-Le rouge  Prestige 2006 (Côtes du Rhône Villages Rasteau), avec plus de vieux grenache, de mourvèdre et syrah et une partie élevée sous bois, est plus complexe à l’approche, opulent, frais, mais déçoit un peu par sa finale. 8,90 €.

-Le rouge « Les Hauts du Village » 2005 est intéressant en ce sens qu’il concerne des vieilles vignes de grenache essentiellement situées sur les coteaux. Soyeux par moments, corpulent, tannins de cuir, épaisseur, longueur, le vin sèche un peu en finale.

-Le rouge 2006 Domaine de Pisan (Côtes du Rhône Villages Rasteau 20 ha, en bio dès 2012) a pour qualité particulière d’être très frais, mais il manque un peu de définition. Le même, version 2007, est toujours aussi frais (terroir d’altitude), plus dense et plus long.

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Michel Smith

 

 

Par les5duvin - Publié dans : Dans le vignoble - Communauté : Les Amis des 5 du Vin
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Commentaires

Parodions le Grand Charles (un facho mais un visionnaire, tout de même) : les caves coopératives, vaste sujet !
Je suis comme toi, Michel : au départ (vers le tout début du XXème siècle, par là) l’idée était séduisante. Puis, petit à petit, elle s’est dévoyée. Actuellement, les bonnes – elles existent, tu as raison – ne sont pas légion. Respect de ma part pour celles-là.
Willy Bizet, alors acheteur vin pour la grande surface Delhaize le Lion en Belgique, qui était ingénieur agronome avec un post-graduat en oenologie à l’Ecole de Gembloux, m’avait dit un jour dans les années ’80 : « Monsieur Charlier, dans la plupart des caves, on élit comme Président le plus c.. des coopérateurs, pour qu’il ne roule pas les autres ». C’était la grande époque des staliniens (moi, je suis trotskiste, nuance) en France et il fallait bien financer le bâtiment de la Place du Colonel Fabien ....
Cette période est révolue. Mais ce qui reste vrai c’est que certains coopérateurs enfouissent au fond de la benne tous les raisins pourris, oïdiés, éclatés ... et que personne n’ose rien leur dire au conquet (solidarité sainte de la crétinerie). Résultat : des tonnes de vendange saine peuvent être gâchées par quelques quintaux de m...e provenant d’un seul apporteur. Est-ce cela l’esprit d’entraide ?
Et quand il y a mévente, c’est toujours la faute au commercial ou aux techniciens de la cave, voire au directeur. Alors qu’en fait le problème se situe le plus souvent en amont (à la vigne) ou en aval (baisse du pouvoir d’achat). Quand le négoce vous paie 100 € l’hecto pour une AOC en vrac (comme c’est le cas dans le Roussillon), que vos frais de production soient 38 ou 40 € l’hecto n’est vraiment pas le problème à discuter. N’oubliez pas la maxime de mes amis altermondialistes de Bruxelles : « Les capitalistes ne veulent qu’une seule chose : tout ! ».

Allez, elle est presque courte, l’intervention du Belge !
Commentaire n°1 posté par Luc Charlier le 29/07/2010 à 09h19
Quand tu parles des risques de bouchons, tu penses au TCA, au TCB?
Rasteau envisage-t-il de passer à la capsule à vis?
Commentaire n°2 posté par Hervé LALAU le 29/07/2010 à 09h31

J'ai omis cette question lors de mon passage... Pourquoi, tu as constaté des problèmes sur les vins de la cave de Rasteau ou est-ce une question qui concerne l'ensemble de la coopération ? En tout cas, tout comme Luc, je suis pour. MS

Réponse de les5duvin le 29/07/2010 à 09h50
Ah, au fait, Luc, si Charles était facho, alors moi aussi.
Commentaire n°3 posté par Hervé LALAU le 29/07/2010 à 09h32

Au fait, Luc, si Hervé était facho, alors moi aussi ! MS

Réponse de les5duvin le 29/07/2010 à 14h40
Il faut s’entendre sur les définitions. Le fascisme est né en Italie et Benito (Amilcare Andrea etc ...) était d’abord un socialiste de la première heure et il a dirigé le quotidien Avanti !, comme tu le sais. L’image laissée par les nazis, dans la droite ligne j’en conviens, est une déviation extrême.

Même en laissant de côté la part de provoc qui me colle au corps comme un mauvais rouleau hygiénique colle au cul d’un curé diarrhéique, il faut admettre que la doctrine gaullienne (et plus tard gaulliste) reprend pas mal des caractéristiques des mouvements totalitaires et nationalistes de l’entre-deux-guerres. Vous avez idéalisé un homme fort et sincère, je crois, mais pas un saint, oh que non !
Honnêtement, il prône un pouvoir exécutif fort avec un côté discrétionnaire très marqué; il s’oppose à un corps législatif qu’il voudrait amorphe et à la botte (un peu comme l’infâme Oliver Cromwell) ; il a soutenu la peine de mort ; c’est un macho fini (voir sort réservé à « Tante Yvonne ») ; il adore le drapeau national et accentue les différences ethniques ; il a incorporé pas mal d’anciens vichyistes dans son RPF ; le « néo-gaullisme », comme on l’a appelé, comportait surtout des gens de droite (Pompidou, Chirac etc ...) et peu soucieux de la légalité.
Il souhaite voir le prolétariat, et les ouvriers en général, marcher la main dans la main avec les possédants et le grand capital. Bien sûr, il y a eu Vallon et Capitant, ainsi que quelques autres, mais ils furent toujours minoritaires (comme les « cathos de gauche » des « CVP-jongeren » en Belgique).
Enfin il ya ses phrases célèbres : «Vive le Québec libre ! », une ingérance indigne et subversive dans les affaires intérieures d’un état étranger souverain ; « C’est la chienlit » au moment de mai ’68 montrant son mépris de la jeunesse et des intellos ; « Vaste programme » qui fut sa réaction au slogan « Mort aux cons ! », pas vraiment le sentiment d’un démocrate.

J’arrête là, c’est la vision sincère d’un étranger s’intéressant à l’histoire de France par un biais différent de celui de vos manuels scolaires. De même, Bonaparte était un tyran sanguinaire et malfaisant, Rousseau a été une catastrophe pour la pensée occidentale et la France n’est pas du tout le pays des lumières ni des droits de l’homme. Je persiste et signe.

Quant à toi, ton côté fascisant (fachisant, si vous préférez) m’est inconnu. Pourvu qu’il le reste.

Pour faire bonne mesure, j’ajouterai qu’il est plus facile de lancer un appel belliqueux de Londres que de résister dans les rues et les catacombes d’une ville occupée, que de cacher des Juifs pour les soustraire à l’horreur nazie ou que d’organiser la guérilla dans un massif du Vercors.

Enfin, tous les vrais héros sont morts.
Commentaire n°4 posté par Luc Charlier le 29/07/2010 à 10h40
Ah, au fait, Hervé et Michel, si Tonton avait été réglo, il n’aurait pas reçu la francisque (pour info, attribuée en mars ou avril 1943, numéro d’ordre 2202). Vous voyez, quand y’en pour l’un, y’en a pour tout le monde !
Commentaire n°5 posté par Luc Charlier le 29/07/2010 à 14h47
Je trouve sincèrement que le Grand Charles avait les mots qu'il fallait. La chienlit c'était génial, même si ça relevait d'un niveau comique troupier. Et le Vaste programme est resté une référence. Je ne peux m'empêcher de songer à ce qu'il aurait fait s'il avait été invité à Barcelone en voyage officiel. Vive la Catalogne libre ! Et plus de tauromachie, ça fera quelques toros bravos en moins.
Commentaire n°6 posté par Michel Smith le 29/07/2010 à 14h51

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Ce blog est né de l'heureux hasard d'une rencontre, en 2010, au Salon des Vins de Loire d'Angers, autour d'un verre de rosé de Bourgueil - celui de Pierre Jacques Druet. Il y avait là cinq "plumitifs" du vin. Le rosé aidant, l'idée a germé de créer un espace commun.
Parce qu'à cinq, on peut aborder plus de thèmes.
Parce qu'on peut débattre.
Parce qu'on peut partager. Des coups de coeur, des coups de gueule, de l'expérience.

Et qu'est-ce que le vin sinon une boisson de partage?


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