Une légère et amicale polémique s’est engagée dernièrement sur les lignes de cet « œnoblog » entre mon ami David
Cobbold et moi-même sur la notion de géologie liée au vin, ce que les amateurs de raccourcis en langue française, dont je fais partie des fois bien malgré moi, ont baptisé du seul
mot : «œnogéologie», mot préfabriqué s’il en est qui vient, vous le noterez, après l’immonde «œnotourisme» et l’insupportable
«œnogastronomie». Plus encore, la polémique enfle depuis hier avec la chronique très «aware» de notre ami Hervé Lalau qui, revenu en
forme de ses vacances d’hiver, nous a donné «sa» version du terroir avec un grand «T».
Je me suis moi-même senti forcé d’embrayer là-dessus car, l’autre matin, j’étais tellement obsédé par les commentaires de David, que je me
suis réveillé en sortant d’un rêve où je me trouvais en grande conversation avec un vigneron que je n’ai toujours pas réussi à identifier. Or, ce gars me soutenait qu’il avait mis des cailloux de
silex dans ses cuves pour accentuer l’empreinte minérale de son Touraine de cépage Sauvignon issu, entre Loire et Cher, sur une commune dont le
nom m’échappe, commune réputée justement pour son terroir de «pierre à fusil» avec des couches pouvant atteindre plus de dix mètres de profondeur. Après tout, si le
Pouilly peut aussi s’appeler «fumé» et le Bourgogne «aligoté», pourquoi n’aurait-on pas un vin
«fusillé» ? Je sais, vous allez me dire que cette mention est déjà prise par Jacky Preys, à Meusnes, dans le Loir &
Cher ce à quoi je rétorquerai que tout ce qui est rare est cher.
Franchement, je n’arrivais pas à croire à cette histoire et c’est surtout l’incrédulité qui semblait agiter mon sommeil. Quelque peu hébété,
je me suis dit : est-ce une vision purement onirique, ou est-ce qu’une telle pratique aurait été mise réellement en application (à mon insu) quelque part par un vigneron dynamique pas
forcément bio de Loire, du Jura, de Chablis ou d’ailleurs? Après tout, pourquoi ne pas imaginer qu’un jour on mettra des cailloux de différents
minéraux pour justement augmenter la dimension minérale d’un vin ? On fait bien la même chose depuis des années avec des barriques neuves ou, mieux, avec «chips» de chêne pour «boiser» une
cuve de chardonnay sans que cela ne pose, semble-t-il, aucun problème en dépit des cris d’orfraie ayant accompagné la mise en œuvre de cette pratique en France. Et puis, on utilise bien paraît-il
des levures industrielles spéciales sensées favoriser toute une gamme aromatique allant du cassis à la banane en passant par le fruit de la passion…
Résultat, une fois rasé de près, je me suis mis à imaginer un stratagème afin de finir mes jours en Audi Quatro. Je crois
sincèrement, en effet, qu’il y a du fric à se faire en commercialisant des sachets de différentes tailles de granite volcanique (rien à voir avec le granit), de schiste décomposé ou de calcaire
corallien pour venir en aide à nos amis vignerons. Une nouvelle spécialité œnologique pourrait ainsi voir le jour : «l’œnominéralisation». Putain, vite, faut
déposer ce nom, coco !
Bon, à ce stade d’idioties bien trempées, vous allez penser que j’ai trop fumé? Je vous assure que non. Pour la bonne raison que j’ai arrêté
depuis belle lurette préférant un bon et méritant «puro» au joint d’herbe fanée trop souvent mal roulé. Et ce n’est pas l’ami Léon qui me contredira, lui qui s’auto
qualifie de «purissimo» dans un de ses derniers billets toujours aussi bien
assaisonnés.
Alors, histoire de mettre tout le monde dans la bonne humeur qui sied à un début d’année, je vous fais part de ce petit film opportunément trouvé sur un tube universel.
L’intro de cette chanson de 1978 est un peu longuette, mais cela en vaut le peine... Du moins je le crois.
En passant, je vous prie de noter que ce petit monde de musicos est réuni par Hubert Félix Thiéfaine, chanteur jurassien (ou
jurassique, on en revient toujours au minéral…) qui a mon âge et qui est aussi le pote d’un confrère Saintongeais, Jean-Charles Chapuzet.
Ce dernier, qui a écrit un tas de bouquins savants, dont un sur «Cahors, le roman du vin noir» (Féret) et un autre à
la gloire de Michel Chapoutier, a récidivé récemment avec un rafraîchissant ouvrage, «Des nouvelles de Marius Chapoutier» (Glénat), roman qui s’articule
autour de la vie de l’arrière-grand-père de Michel. Heureux hasard, c’est par Jean-Charles, qui avec son épouse Anouk, fait désormais partie de
mon cercle d’amis, que j’ai appris à aimer Thiéfaine, sorte de «country-poète» aux accents de «frenchy blues» à la voix rauque.
Pour la bonne information de mes éventuels lecteurs, je me dois de signaler que Jean-Charles Chapuzet s’est inspiré de ce
personnage pour un roman noir intitulé «Entre 3 grammes et 5 heures du matin» (Presses du Belvédère) que je recommande chaudement, même si, pour dire vrai, je n’ai pas
encore trouvé le temps de le lire contrairement aux ouvrages précédents. Peut-être ce wek-end ?
Michel Smith
PS-Petit clin d’œil à mon ami David Cobbold, je vous propose de lire les vœux reçus lundi dernier, vœux émanant d’un des
grands vignerons d’Alsace - aussi l’un de mes préférés pour la dimension de ses vins. Un grand moment de lyrisme qui vous aidera tous à affronter les affres de l’année
2012 ! Cela vaut son pesant de joints! Je vous laisse deviner le nom de l’auteur de ce texte d’anthologie qui vaut - aussi - son pesant de grains de gewurztraminer…
Chers Amis,
Noël sous un ciel bas, gris comme la météo de la Planète, la météo de nos
doutes.
Et puis, serré autour de la table, autour du foyer, la chaleur de la cuisine où
Victoire joue à «Masterchef» et nous dresse des merveilles, la Famille se rassemble pour épuiser 2011 et vous envoie ses vœux de Fraternité pour l’An Neuf. Des vœux tendres comme des bulles, en
apparence libres et légères, mais chargées pourtant du Sel, de la Minéralité, de la Profondeur de la Sève – la persistance, la finesse d’un Grand Vin !
2011 a été pour nous marquée par la confirmation «scientifique» d’une évidence que
Steiner avait pressentie, que les vrais vignerons et les chamans savent : oui, la Nature est sensible, humaine, fragile et cruelle, livrée aux passions, à la guerre des ADN, la Paix des biotopes,
l’équilibre des biodiversités. Oui les arbres pensent, les vignes rêvent, les raisins raisonnent, le sol lui-même déclame une poésie pure et précise: Mozart, Omar Khayam et Hugo récitant ensemble
le Livre de la Sagesse ! Saurons-nous en tirer toutes les conséquences, faire face à notre responsabilité ?
Ainsi nous formons pour vous le voeu que finalement en 2012, nous
aurons
La Nature habitée,
Chaque pierre bavarde, humaine,
Les raisins gorgés de rêves en bouteilles,
Les feuilles hésitantes, timides comme nos mains serrées,
Les pampres dansant une valse touchante, féminine
Les racines en Terroir, saisies d’un tremblement enfantin !
Ayant appris par Elle que pour aller vers l’autre, l’étranger quel qu’il soit, le Juif
de chacun, il faut avoir senti la mélancolie du saule, compris l’insolence du cèdre, l’orgueil du chêne, vécu l’opiniâtreté du vieux cep, la lumière dans chaque fruit, la tension dans chaque
baie, le ciel entier dans un Verre.
Nous vous souhaitons en 2012, le respect des arbres et l’amour des fleurs des champs,
le regard de François pour les oiseaux, les bêtes, le goût du lilas comme un ultime rempart contre les peurs, l’exclusion grinçante, tous les pogroms
de l’Esprit, même les plus petits.
Que 2012 vous soit douce, paisible et fidèle comme le goût du Vin, attendue comme le
goût du Pain, cette énergie de la graine, cette force de l’épi, l’âme unique du champ de blé.
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