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QUI SOMMES-NOUS?

David Cobbold (Eccevino) est le plus français des journalistes anglais du vin, ou vice versa. Il a reçu en 2011 le Wine Blog Trophy pour  son blog, More than Just Wine.

Jim Budd, sujet de sa Gracieuse Majesté, est journaliste pour diverses revues britanniques. Amoureux des vins de Loire, il leur consacre un blog, Jim's Loire, primé en 2009 du Wine Blog Trophy.

Hervé Lalau est un journaliste français écrivant pour diverses revues et sites français, belges, suisses et canadiens. Son blog "Chroniques Vineuses" lui a valu le Wine Blog Trophy en 2010.

Michel Smith, PourLeVin, est un journaliste français établi en Roussillon, travaillant pour diverses revues et guides en France. Il s'intitule lui-même "Journaliste en Vins et autres Plats de Résistance".

Marc Vanhellemont est un journaliste belge travaillant pour divers magazines en Belgique et en France. Incontournable, sauf par la face nord.

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Vu de Perpignan

Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 00:50

Et même jusque chez nous, au sein de notre petit groupe, le débat sur la biodynamie se porte à merveille. Au point que je ne peux m’empêcher, à l’instar d’Hervé hier, de réagir sur le délicat sujet qui enflamme notre virtuelle rédaction. Au risque de voir notre cher public fuir vers d’autres blogs. Au risque de rendre chafouin notre David Cobbold qui, dans sa livraison du Lundi, nous a fait part de son refus aussi net qu’objectif de croire l’incroyable. Respect, David. Il admet presque sur le bout des lèvres que quelques uns des plus grands domaines de France puissent nous livrer des vins extraordinaires tout en ne supportant pas l’idée que cette volupté, que cette finesse, que cette fraîcheur et que cette rectitude que l’on remarque chez de nombreux vins biodynamisés puissent être imputables à la pratique de cette obscure pratique, jeu de mots oblige. Peut-être nous convaincra-t-il un jour que le terroir n’y est pour rien non plus tant il est vrai - et là nous sommes peut-être d’accord - que l’intelligence du vigneron y est pour quelque chose de prédominant. Je ne pense pas que le but de David ait été de diaboliser à ce point la biodynamie, lui qui évoquait "l'obscurantisme régressif", mais si tel était le cas, je tiens à préciser que je trouve que l'initiative est aussi rétrograde que de clouer au pilori les partisans des vins bios, les adeptes du rosé coloré ou les adorateurs de Bordeaux.

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Et si la biodynamie faisait partie de la science évolutive, d’un cheminement pensé et réfléchi basé sur l’observation longue et patiente de l’homme face à la vie, confronté aux affres de l’agriculture et de la nature? Et si la biodynamie reposait sur le simple constat que la vigne s’en sort renforcée, qu’elle redevient un végétal en vie et non un «légume assisté» ou une plante qui végète sous l’emprise de drogues-médicaments ?

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Roussillon : Gérard Gauby, biodynamiste convaincu. Photo©MichelSmith

Dans ma misérable petite vie d'observateur curieux, il m’est arrivé de visiter des usines à jambon où le vieillissement artificiel et accéléré était la règle, où tout était scientifiquement contrôlé au niveau bactéries, de même que j’ai vu des « ateliers » de gavage où régnait l’odeur de la mort, des usines à poulets semblables à des camps de concentration sous le soleil d’été. J’ai aussi vu des champs de céréales à perte de vue et des vignes de grand cru traités en permanence par crainte de voir le chiffre d’affaires baisser d’un demi-point. Il y a encore tant et tant de victimes de la médecine conventionnelle qui refusent d’accepter l’idée que l’homéopathie, appliquée par un médecin, bien sûr, peut être plus efficace que tout autre remède dans la guérison de bien des maux, à commencer par les « petits bobos » de la vie quotidienne. À condition, bien entendu, de bien comprendre que cette variante de notre médecine, au même titre que l’acuponcture, par exemple, ne peut pas tout régler et que dans certains cas l’hôpital est la plus sûre des destinations. L’homéopathie ne peut pas tout, il est probable que la biodynamie non plus. Mais si on l’applique avec sagesse, dans la réflexion et l’analyse du quotidien, nul doute qu’elle permet d’envisager des solutions plus douces, plus harmonieuses, dans nos façons de vivre et de penser. Plantes, humains, animaux, j’aime à croire que nous respirons tous les mêmes poussières d’étoiles et que nous sommes tous des êtres cosmiques. Effectivement tout cela doit vous paraît bizarre, étrange, affreusement ésotérique et dangereusement impénétrable. À moi aussi. Et pourtant, pour avoir suivi des vignobles et des personnes malades, je puis affirmer que la biodynamie et l’homéopathie ont largement contribué au redressement, à la guérison et à l’installation d’une certaine forme de bien-être. Je vois déjà venir la vive mais savante réprobation de l’ami Léon qui fut médecin et qui est désormais vigneron…

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Vue sur ma pharmacie homéo... Photo©MichelSmith

Pardon mon Léon d’insister, mais à force de faire l’autruche, le refus de voir renforce l’incrédulité qui, de son côté, verse des paquets d’eau pour alimenter le moulin de notre bel esprit cartésien. Le fait que des œnologues, des médecins, mais aussi des banquiers, des mathématiciens, des pharmaciens, des plombiers, des curés, des ouvriers et qui sais-je encore puissent croire qu’il est possible d’appliquer une sorte de «médecine plus» dans les soins courants de la plante et de l’humain, mais aussi pourquoi pas de l’animal, sans avoir un recours systématique aux «bombes antibiotiques» montre que nous réfléchissons et que nous cherchons des solutions. Est-ce pour autant une parade contre les charlatans de tous poils? J’en doute. Cependant, sans renier les bienfaits de certains aspects de l’agriculture conventionnelle, je reste persuadé et je l’ai déjà affirmé ici, que la grosse majorité des vins les plus chargés en émotions qu’il m’ait été donné de boire ces dernières années étaient issus de l’agriculture biologique ou biodynamique.

Qui suis-je pour dire cela ? Rien, pas même l’ombre d’un gourou du vin ! Mais comme cela ne m’empêche pas de boire, de voir et de croire, j’ai en moi quelques convictions et je refuse de jouer la politique de l’autruche. Deux exemples personnels récents renforcent ce que d’aucuns pourraient appeler ma «croyance» : pas plus tard qu’avant hier, je me suis soigné l’âme avec quelques lichettes divines d’un gewurztraminer 2004 de Zind Humbrecht, tandis qu’hier matin je me suis « auto guéri » en suçotant 3 granules d’apis mellifica 9 ch à la suite d’une brûlure à la main conséquente au renversement de l’eau bouillante prévue pour ma théière… Qui sait, mais ce dernier épisode est peut-être imputable à la lune gibbeuse et ascendante située à 377.844 km de mes yeux et qui va se coucher à 06 h 33 précisément ?

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Bourgogne : Anne Leflaive, biodynamiste convaincue. Photo©MichelSmith

Bref, au risque de décourager un nombre appréciable de mes lecteurs, j’affirme qu’il est indéniable que la biodynamie et la bio tout court ont fait progresser la viti-viniculture ces dernières décennies. Cette certitude repose sur plus de 25 ans d’observations, de discussions et de dégustations, les premières ayant lieu dans les années 80 avec, je m’en souviens, les vins de Marc Kreydeinweiss qui, sans être tous à mon goût, avaient pour beaucoup une indéniable pureté, une lumineuse clarté. Cela dit, il est normal que cela ne plaise pas à tout le monde. Moi même j’étais très sceptique au départ et je dois dire que je le reste encore lorsqu’un vigneron m’annonce fièrement qu’il vient de se «convertir». Car plus qu’une idéologie, la biodynamie est une véritable philosophie, un changement de vie radical, une approche volontariste, une remise en cause que l’on s’inflige. Elle marche, dès lors que l’on y croit sincèrement et qu’on l’applique avec sérieux, c’est à dire en réfléchissant et non en transposant bêtement des recettes qui relèvent parfois de la sorcellerie antique.

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Perpignan : consommateurs biodynamistes convaincus. Photo©MichelSmith.

Pour en finir – provisoirement – sur la biodynamie que je défends souvent ici avec fougue sans pour autant soutenir, vous l’avez compris, le côté obscur des doctrines ambigües et loufoques professées par son initiateur, je me dois de préciser, afin qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, que je suis entièrement d’accord avec mon confrère de blog David Cobbold qui officie le lundi sur son analyse concernant Rudolf Steiner, philosophe autrichien fondateur en 1910 de la Société anthroposophique; un mouvement inspiré du Rosicrucianisme et du Catharisme.

Je vous propose, afin de compléter son dernier article, de lire le rapport assez précis établi par le GEMPPI, un groupe d’étude spécialisé dans la prévention contre les sectes. Cependant, si Steiner s’appuyait sur une notion de race, chose courante à l’époque, rien ne prouve que cet illuminé qui comptait de nombreux juifs parmi ses proches ait adhéré à une quelconque thèse ou parti nazis. J’arrête là et je redeviens autruche moi-même car, de toute façon, ce mec-là n’intéresse que peu de biodynamistes vignerons. Et comme je ne suis ni gémeaux ni vierge, je ne crois pas en l’influence de Mercure.                 

                                                                                                   Michel Smith

PS – Pour ceux qui doutent encore et qui s’appuient sur la rigueur scientifique d’une enquête bien menée, je propose de lire le rapport du Professeur Philippe-Jean Coulomb ici même sur le site de Biodyvin. On m’objectera que cette étude vient d’un site biodynamiste, mais comme je n’en ai point trouvé d’autres de ce niveau…

PS bis - Bizarrerie de plus courante dans ce monde où la communication ne devrait plus poser de problèmes, un personnage sérieusement mis en cause dans mon article de jeudi dernier n’a toujours pas, aujourd’hui à plus zéro heure, daigné s’expliquer sur ses prises de position pour le moins étranges quand on sait qu’elles mettaient en cause nombre de ses confrères. Thierry Julien, président de l’Association Interprofessionnelle des Vins Biologiques du Languedoc-Roussillon, ne s’est pas prononcé sur ses déclarations incendiaires à l’égard des vins dits «natures» qui sont pourtant l’œuvre de bon nombre des membres de l’association qu’il dirige. Ce n’est pas faute de l’avoir sollicité. Faudra-t-il un jour interdire sur le salon Millésime Bio les vignerons qui s’amusent à faire des cuvées sans soufre? J’en déduis que l’autruche a de beaux jours devant elle, d’autant qu’elle court vite et que sa viande est belle…

PS ter – Pour rester sur les vins dits « natures », en lisant le site Vindicateur d’Antonin Iommi-Amunategui, où il y a l’interview d’Alice Feiring, auteure de Naked Wine (Le Vin Nu), j’apprends que le négociant languedocien Gérard Bertrand, jamais à court d’idées et de récupérations de mode, s’apprête à lancer une gamme de vins sans soufre. On parie que Chapoutier finira par s’y mettre? Au fait, il m’a appelé à ma demande l’autre jour de sa voiture et, si je n’ai toujours pas très bien compris, j’ai quand même eu le sentiment qu’il confirmait son mépris pour les vins sans soufre tout en soulignant un abus de langage dans l’utilisation du terme «nature» puisque le sens naturel d’un vin serait de «tourner en vinaigre». Je lui ai proposé de réagir par écrit… On verra bien ! En attendant, il l’a fait dans Terre de Vins, par le truchement de Mathieu Doumenge qui a été bien plus réactif et plus rapide que moi…

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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 06:26

Et alors ? Ben oui, quoi, cela n’a rien d’extraordinaire. C’était Vendredi dernier, à l’heure du déjeuner. J’entrais dans mon petit restaurant favori du quartier de la Gare, à Perpignan, le Garianne, et je remarquais d’emblée, bien que de dos, un type à la carrure et la chevelure qui me sont familières. Oui, c'était bien lui ! Michel Bettane scrutait de son œil de sioux les détails d’une carte de vins très axée sur les vins du Sud avec quelques petites touches « natures » qui suscitaient chez notre critique national des grincements de dents et autres remarques acerbes faîtes à voix haute. Notre homme était chaperonné par Yves Zier (prononcez Zire), un gars en charge des relations publiques au Conseil Interprofessionnel des Vins du Roussillon (au passage, puisque c'est le temps des vœux, vous voulez rire en allant sur ce LIEN), lequel organisme avait visiblement pris en charge l’accueil, le déplacement et les visites du plus prestigieux des journalistes francophones du vin venu déguster nos trésors et fouler nos augustes terroirs...

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Photo © MichelSmith

Rassurez-vous ô lecteurs vénérés qui ne manquez jamais de défendre notre illustre plume du vin, en tapant par surprise sur l’épaule gauche de Michel, je n’avais nulle intention de relancer la petite polémique stérile mais instructive qui nous a opposés sur ces lignes ces derniers temps. En plus, j’avoue avoir outre passé ma retenue habituelle, car j’ai lâchement profité de sa présence pour lui faire goûter - ainsi qu’à Yves Zier – un peu de ce modeste mais croquant Vin ce Pays des Côtes Catalanes à base de Carignan que des amis et moi nous nous amusons à produire depuis maintenant trois millésimes. Hé oui, le petit vin en question figure déjà à la carte de quelques restaurants et je n’étais pas peu fier de montrer à Michel que moi aussi j’étais capable de me mouiller plutôt que de distribuer des bonnes notes et de livrer des conseils en matière de vinification.

Bien sûr, en servant le verre, j’ai caché l’identité des auteurs du vin nommé "Puch". De toute façon, Michel Bettane n’a pas manifesté d’enthousiasme particulier en le goûtant, lui trouvant, sans en dire du mal, un goût plutôt rustique (si j’ai bien compris…) «auquel les gens d’ici sont trop habitués et dont il faut qu’ils se défassent». Un instant j’ai cru comprendre qu’il voulait nous attirer dans le piège du goût « convenable » et « conventionnel », mais j’ai préféré rejoindre mon compagnon de table jugeant que ce n’était pas le moment ni le lieu de rentrer dans une discussion à propos d’un petit vin goûté à la va-vite sur un coin de table. Pourtant, au fond de moi, je n’étais pas peu fier d’avoir pu et su irriguer les papilles d’un grand dégustateur avec une rasade de carignan servi frais !

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J’avais oublié cette brève rencontre lorsque, dimanche dernier, je tombe sur un article de Jean-Paul Pelras, dans l’Indépendant, notre journal local, article classique  pour témoigner de la visite chez nous d’un ponte venu de la Capitale dans lequel je lis que Michel Bettane encourage nos braves vignerons à persévérer dans leur production et la mise sur le marché de vins doux dits naturels, Rivesaltes en particulier. Le genre de petit coup de pouce encourageant, surtout quand ont sait que plus personne, hormis de rares dinosaures aficions et néanmoins œnophiles, achètent et apprécient ces vins d’une autre époque. Michel a peut-être raison : on a vu des modes aller et venir au point que l’on peut espérer, dans le Roussillon, que nos vieilles spécialités reviennent un jour sur le devant de la scène œnophile. Qui sait, peut-être qu’un jour notre Hervé Bizeul nous fera goûter un vintage de haute facture !

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Photo © MichelSmith

Franchement, entre nous, vous allez penser que je débloque et que je fais une fixette sur le pauvre Michel Bettane. Le fait qu’il se déplace dans le Roussillon n’est d’ailleurs pas d’une actualité folle. Eh bien si, justement ! La venue de Michel à Perpignan est une réelle info. Elle nous fait un grand bien car cela faisait des années que je ne l’avais vu errer dans nos collines, même s’il avait dépêché sur place, et à maintes reprises, quelques uns de ses acolytes, excellents dénicheurs de crus au demeurant. Ainsi Michel a-t-il pu souligner que nous avions une production de blancs secs en plein devenir. J’espère simplement qu’il aura pris le temps d’écarter l’espace d’un voyage les domaines les plus connus, Gauby, Mas Amiel, etc, pour aller vers d’autres noms moins vedettisés. Mais, comme chacun sait, le métier de dégustateur, qui plus est critique, est difficile. On ne peut être sur tous les fronts à la fois. Reste que l’on aimerait bien, dans nos terroirs reculés, voir un peu plus souvent se pointer les grands nez du vin. Les voir se faufiler dans nos vignes sauvages, les voir contempler nos paysages.

Alors, à bientôt Michel !

Michel Smith

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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 00:09

Dans les jardins de par chez nous, l’hiver est la pleine saison des agrumes. Comme je suis notoirement incorrect et que je paie de lourds impôts à ma commune - non reconnaissante, si j’en juge par l’état de ma rue -, je m’arroge le droit d’aller marauder dans les lieux publics de Perpignan (lieux réservés par la même occasion aux crottes de chiens) où je me régale d'aller piller les arbres pour récolter les oranges, bigarades, kumquats et autres variétés avant qu’elles ne s’abandonnent parmi les déjections. Je pourrais en faire des marmelades, mais je préfère les jus. J’en donne aux amis (des fruits, pas du jus) et j’en garde pour mes rares moments de cuisine.

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L'hiver ? Cela commence par une brassée d'agrumes... une envie de Banyuls ! Photo©MichelSmith

Sur la côte aussi, les jardins regorgent d'agrumes... Tenez, avant d'aller plus loin, essayez donc le kumquat coupé en deux, débarrassé de ses gros pépins et cuit avec une volaille ou une poêlée de lisettes, vous m’en direz des nouvelles. Ça ajoute un je-ne-sais-quoi d’oriental…

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Mes lisettes posées tête-bêche sur la poële... Photo©MichelSmith

Et puis, en cet hiver qui s’installe, tandis que d’autres pensent à Fernande, désolé, moi je pense à Banyuls… ou à Collioure. Banyuls ou Collioure ? Peu importe pourvu qu'on ait l'ivresse. Collioure, Banyuls, entre les deux Port-Vendres et la petite baie de Paulilles, les vignes taillées dans le schiste, l’Espagne toute proche, la Grande Bleue à perte de vue. Collioure ou Banyuls ? Les deux reviennent chaque hiver tels des vers-coquins, en même temps que revient la tramontane glacée. Oui, souvent les deux à la fois, tant ces sites sont liés tout en étant opposés. Aller en hiver vers eux revient à m’accorder un court moment de caprice, une fantaisie qui me rapproche de notre mer - mare nostrum – et qui me ressource pleinement.

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Collioure, une approche par le haut... Photo©MichelSmith

Aujourd’hui, c’est décidé : ce sera Collioure ! Collioure sans ses galeries, sans Matisse, ni Duffy. Collioure sans ses voiles, sans ses sardanes de la Saint-Vincent. Collioure sans ses boutiques, Collioure sans son clocher, Collioure sans ses touristes, sans ses anchois, mais Collioure toujours !

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Poignée d'anchois frais dits "de Collioure", mais achetés à Port-Vendres. Photo©MichelSmith

L’appel est venu de Mademoiselle Campadieu – joli nom, au passage -, une fille qui porte le sourire sur son visage. Je l’aime bien cette petite fille du cru car elle a toujours su mener sa barque au large, tout en sachant s’accrocher au pays tel un cep de grenache face aux embruns. Campadieu la facétieuse, c’est une souriante, une racinée qui se prénomme Christine. Elle a du bon parce qu’elle voyage, qu’elle fréquente New York et autres lieux d’Amérique, qu’elle a fait connaître le vin de Collioure à l’écrivain Jim Harrison lequel, depuis, ne manque jamais une visite dans le Roussillon.

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Collioure, des touristes avec le clocher pour témoin. Photo©MichelSmith

Christine Campadieu, en bonne fille et nièce d’œnologues, a lancée en début de mois l’idée d’un pique nique, un « apéro-cuve » comme elle dit, pour le Vendredi 13 dans la cave du désormais célèbre domaine qu’elle partage depuis plus de 20 ans avec Vincent Cantié, fils d’anchoïeurs (pardon pour l’orthographe, mais il faut bien inventer), et Jean Baills, mousse devenu vigneron.

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Des vignes de Collioure, vue sur Argelès, le golfe du Lion et les Corbières. Photo©MichelSmith

Si vous n’avez pas d’ores et déjà deviné le nom du domaine, c'est sûr, vous resterez jusqu’à la fin ! Comme Jean, Christine vient de Banyuls où elle a quelques vignes, alors que Vincent, lui, est un pur produit colliourenc. Collioure et Banyuls, j’espère que vous ne l’ignorez pas, sont deux perles viticoles de la «côte rocheuse», dite aussi «Côte Vermeille», celle qui, dès qu’elle passe la frontière, devient «Costa Brava». Dire que ces deux communes s’adorent, serait comme qui dirait un euphémisme tant elles sont rivales bien que voisines. L’une porte le nom d’un vin blanc, rouge et rosé, l’autre d’un vin doux dit «naturel» qui peut aussi s’accompagner du titre de grand cru, ce que les plus grands œnophiles ignorent encore. Leur seul lien est que les vignerons des deux communes, mais aussi de Port-Vendres et de Cerbère, peuvent vinifier les deux types de vins.

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Là où la pinède gagne, les vignes sont oubliées par leurs propriétaires. Photo©MichelSmith

Collioure, Banyuls, à 30 minutes de mon bureau en bagnole, trois quarts d’heure par le train, m’offre à chaque voyage un vrai dépaysement ! L’impression sans cesse renouvelée de partir en vacances. J’ai toujours rêvé d’avoir une maison par là depuis qu’un jour de la fin des années 80 j’y ai possédé quelques parcelles de vignes avec une bande d’amis. J’ai taillé plus d’une fois en prenant garde de ne pas glisser dans le ravin. Plus d’une fois aussi, l’équilibre retrouvé, j’ai pu redresser mon corps fatigué pour mieux admirer le paysage fulgurant d’une montagne qui se jette à la mer sous un soleil radieux !

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Comme voulu par la dame, le Domaine de La Tour Vieille, à Collioure, était donc le point de ralliement en ce Vendredi glacé mais lumineux. Deux chemins possibles, deux approches. De la route de la corniche, au détour d’un virage, on aperçoit, accrochée à la roche marron-gris, la cave moderne des Cantié-Campadieu-Bails couleur taupe (ou quelque chose d'approchant) parfaitement intégrée dans le paysage.

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Les premières banquettes de vignes de La Tour Vieille. Photo©MichelSmith

Or, pour ma part, je débarque plus volontiers de plus haut, du côté des pieds de la Madeloc d’où je quitte la voie rapide pour me laisser glisser doucement comme du haut d’un tortueux toboggan jusqu’à une entrée, à main gauche, encadrée d’une petite pinède. C’est là qu’est la Tourette, lieu qui a laissé son nom au domaine.

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Christine barre l'entrée de ses dames-jeannes... Photo©MichelSmith

Christine Campadieu m’a donc invité, ainsi que quelques cavistes et restaurateurs du coin, à passer un moment autour d’une sorte de brunch hivernal émaillé de flacons que l’on débouche, de verres que l’on vide et de robinets que l’on tourne avec la sensation que l’on peut très bien vider la cuve. Surtout quand il s’agit de celle renfermant le mourvèdre de l’année ! En plus de Christine, de Jean et de Vincent, il y avait ceux que l’on voit moins, leurs employés Véronique Péroneille et Michel Diaz, des gens vraiment sympas. Présent aussi, l’édile du cru, Michel Moly, accessoirement vice-président du Conseil Général. Mais rassurez vous, cela n’avait rien d’une réunion officielle ou politique. Et pour cause, puisque la table débordait de produits catalans : confiture d’olive, fuet, pâtés, sobrassada majorquine, fromage de brebis, oursins fraîchement pêchés… j’en passe et des meilleurs !

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Jean Bails, associé banyulenc de Christine et Vincent. Photo©MichelSmith

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Vincent Cantié et Christine Campadieu. Photo©MichelSmith

Et les vins? Ils étaient comme je les aime: vifs, tendres, complices, naturellement adaptés à l’idée de rencontres et de partages, de discussions à bâtons rompus. La cuve de blanc, assemblage destiné au Collioure « Les Canadells » (13 €), grenaches gris et blanc en puissance, vermentino (20 %) pour la chair, sans oublier un chouïa d’élevage en fûts, un peu de roussanne et de macabeu probablement pour la grâce, se buvait presque sans retenue en guise d’apéritif, accompagnant sans mal l’oursinade et les charcuteries. Du coup, le rosé, d’ordinaire délicieux (9 € TTC départ) a été zappé au profit d’un rouge gai comme un pinson, une cuve composée pour l’essentiel de vieux carignan et de mourvèdre, vin destiné soit au soyeux « Puig Ambeille » (14 €), soit à « La Pinède » (10 €) un rouge d’apparente légèreté que j’adore boire frais sur le poisson grillé. Le grenache noir, présent dans tous les rouges, ne manquait pas d’impressionner, surtout celui destiné à la cuvée « Puig Oriol » (13 €). À noter que, lorsque j’attribue telle cuve à telle cuvée, il ne s’agit là que de mon interprétation et, n’ayant pas suivi les détail des discussions, j’espère que j’interprète bien! Tel un musicien, Vincent Cantié, qui s’est doté il y a trois millésimes d’une cave où – enfin – il a de la place, dispose de son orchestre composé d’une quinzaine de cuves et de quelques pièces de bois. À lui d’unifier l’ensemble !

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Sobrassada de Majorque et couteau Catalan... Photo©MichelSmith

Après un aperçu rapide sur ces trois best-sellers rouges devenus de grands classiques, tout comme le blanc «Les Canadells» peut l’être souvent, même quand on le compare à «L’Argile», de La Rectorie, probablement le plus grand blanc de Méditerranée, nous eûmes droit au Banyuls, un aimable «Rimage 2008 de mise tardive» (15 €) du plus bel effet !

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Comment décrire ce délicieux breuvage? Si je vous dis qu’il est facile à boire au point que j’en ai acheté un carton, vous me croirez? Mais il est vrai qu’un vin de cette dimension ne peut se résumer à cela. Étant dans l’obligation de rentrer par la route (tiens, tiens, le vin de grillade de La Tour Vieille (6 €) s’’appelle «Sur la route… ») je ne voulais pas le goûter. Et pourtant, je n’ai su me retenir et je peux vous die que je ne le regrette pas. D’ailleurs, si vous passez à la maison, j’ai mis une bouteille au frais! Banyuls, Collioure, qu'on le veuille ou non, il y a toujours un moment où l’un l’emporte sur l’autre.

Michel Smith

PS. Ne pas oublier d’autres envoûtantes cuvées mythiques du Domaine de La Tour Vieille : le Banyuls Reserva, le Vin de Méditation, le Mémoires d’Automne et le Rancio sec Cap de Creus… Yapp Brrothers diffuse les vins en GB, Krmit Lynch in the USA : ces mecs ont tout compris !

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POURQUOI CE BLOG?

Ce blog est né de l'heureux hasard d'une rencontre, en 2010, au Salon des Vins de Loire d'Angers, autour d'un verre de rosé de Bourgueil - celui de Pierre Jacques Druet. Il y avait là cinq "plumitifs" du vin. Le rosé aidant, l'idée a germé de créer un espace commun.
Parce qu'à cinq, on peut aborder plus de thèmes.
Parce qu'on peut débattre.
Parce qu'on peut partager. Des coups de coeur, des coups de gueule, de l'expérience.

Et qu'est-ce que le vin sinon une boisson de partage?


De ces cinq, certains sont déjà des blogueurs confirmés, d'autres non.
Comme il y a les 5 sens, il y  a maintenant les 5 du Vin.


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