J'ignore pourquoi, mais on me fait souvent goûter des vins venus d'ailleurs. Et, parfois, cet "ailleurs" est un pays dont j'ignorais même qu'il produit du vin. Je sais, on ne peut pas tout savoir. Prenons le cas du déjeuner d'hier, le dimanche 6 novembre. Une amie de ma fille a eu la grande gentillesse de m'apporter, d'un pays très éloigné, deux demi-bouteilles de vin d'un domaine appelé Red Mountain Estate, qui se trouve au Myanmar, ce pays du Sud-Est asiatique autrefois connu sous le nom de Birmanie.
J'avais entendu parler de vins de la Thailande voisine mais jamais du Myanmar. D'après ce qui j'ai réussi à glaner sur l'internet, il n'y a que deux producteurs de vin au Myanmar: Red Mountain Estate, dont j'ai dégusté deux vins, et Aythaya, fondé par un Allemand, Bert Morshach, qui a travaillé dans la Moselle pour Thanisch.
Ces deux domaines se trouvent dans le Sud du pays, dans la région de Taunggyi et la province de Shan. Les vignobles de Red Mountain Estate se situent à environ 1000 mètres d'altitude, aux bords du lac Inle, tandis qu'Aythaya, dont je n'ai pas dégusté la production, a des vignes situées un peu plus haut, vers 1300 mètres.
Je sais que vous vous impatientez de savoir un peu plus sur le goût de ces produits si exotiques, mais je vais vous demander encore un peu de patience. Après tout, un voyage au Myanmar par avion dure bien une douzaine d'heures, non ?
Le domaine dont j'ai pu déguster deux vins (un blanc et un rouge) est conduit par un Français, ce qui ne constitue pas un lien indéfectible vers un produit de qualité, mais c'est une autre histoire. Cela dit, le site web du domaine Red Mountain Estate met clairement en avant l'expérience de leur winemaker français, ansi que la modernité de leur matériel.
J'ai dégusté deux vins de ce domaine : un Sauvignon Blanc 2008, et un Shiraz 2008. Je n'ai pas dégusté le Pinot Noir du même domaine qui me sert d'illustration (ci-dessus).
Il est possible que les conditions de stockage de ces deux échantillons (des demi-bouteilles, fermées avec des bouchons synthétiques, il faut le préciser) n'aient pas été idéales. En tout cas, le sauvignon blanc que j'ai dégusté était très oxydé, ayant la couleur d'un sauternes d'une trentaine d'années, mais sans la profondeur de robe d'un vin liquoreux. Son nez évoquait un peu le vin jaune et le céléri en cuisson. Les saveurs étaient d'abord assez rondes et même un peu molles, puis légèrement épicées et finissaient sur une surprenante acidité (acidification au tartrique, probablement). Le rouge, de cépage shiraz (syrah pour les français), avait la couleur d'un vin de 15 ans ou plus et un nez fortement oxydatif, un peu chimique (cire de chaussures). Le goût était franchement déplaisant. J'éviterais des comparaisons pour ne pas heurter des sensibilités (nos jeunes lecteurs, par exemple).
Je remercie Clémence d'avoir pensé à moi pour cette expérience. Ses intentions étaient exemplaires et elle s'est donnée du mal pour qu'un membre de la bande des 5 puisse dire qu'il a gouté à deux vins de Myanmar.
Mais je me demande aussi quelles auraient été les performances de deux vins français de la même zone de prix, issus des mêmes cépages et du même millésime, mis en bouteille dans des flacons identiques (375 ml) avec des bouchons en plastique, et ayant subi exactement le même traitement au niveau du stockage intermédiare.... quelqu'un veut-il tenter l'expérience? En tout cas, j'ai pu déguster en Asie certains vins français, y compris quelques uns en provenance d'appellations prestigieuses, qui n'étaient pas bien meilleurs que ces deux vins de Myanmar. Oui, le vin est fragile et altérable, comme nos vies.
David Cobbold
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